Saison 20 – épisode 12 : Les shtreimels attaquent, Gaza pleure… Et alors ?


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Visiteur, visiteuse, je te passe le salâm.

Mets-toi à l’aise, lâche ton coca à l’aspartame et viens qu’on discute quelques minutes.

Première découverte de ma journée (je sais, on est en soirée mais je n’ai point pondu ce merveilleux récit à l’instant) : savais-tu qu’on m’avait menti toute ma vie ? Que ces petites bouclettes que je voyais sur tous les juifs orthodoxes qui gambadaient joyeusement sans que mal ne leur soit fait dans les quartiers huppés de Bruxelles n’étaient en fait pas les fameuses « shreuillemeul » (avec phonétique de paraplégique) que j’ai prononcées mille fois mais bien des « papillottes » ? Ne me juge pas, c’est tout un mythe qui se casse.

Le « shtreimel » (sans phonétique de paraplégique) est en fait le chapeau typique fait de 13 queues représentant les treize aspects de la miséricorde divine. (je crois que j’ai trouvé des concurrents niveau métaphore… nan j’déconne !)

G a z a, tu connais.
Je suis sûre que je ne dois pas te sortir les violons et te chanter la célèbre rengaine :

« Pa-les-tine vain-cra ! Pa-les-tine vi-vra ! »

Rengaine que tu as surement scandé au détour d’une manif, te donnant des airs de Khalid ibn Walid en mode prise de Damas avant de rentrer chez toi, te poser tel un lion rentrant à la savane après une journée de chasse aux gazelles devant ton fil d’actualités facebook accompagné d’un chocolat chaud, d’un paquet d’oreo et d’un épisode des experts Bengladesh ?

Ce concentré d’incohérences te donne envie d’ouvrir la fenêtre ? Fais-le mais reste parmi nous quand même.

Ces derniers jours, la toile m’a donné la nausée. J’ai vu vingt millions de changements de photo de profil en mode :

« Gaza, on t’oublie pas sauf devant mon home cinéma»,

« Venez au concert organisé pour soutenir Gaza, chantons la so-li-da-ri-té »,

« Nos frères meurent et nous on fait des manifs parce qu’on est des résistants dans l’âme ».

Non, je ne suis pas une anti-manif-palestine-émotions-et-pleins-de-trucs-qui-font-super-pleurer-quand-même… « C’est vrai c’est un minimum quoi, on peut au moins montrer qu’on est sensible à la hagra en mode pain sans levain quoi, sur le réseau social qui nous accueille le plus clair de notre temps, quoi… on n’est pas des sans cœurs, quoi !»

Que tu es naïf.

L’être humain est arrivé à un stade où il faut réduire en bouillie son semblable pour que son cœur soit touché. Fini le temps où la simple injustice faisait lever des hordes d’Hommes animés par le seul désir d’équité sans conditions. Il faut du sang, des ruines, des linceuls par milliers pour se dire : « Ah ouais, quand même, il serait temps de faire une manif et de changer sa photo de profil là, il faut que l’injustice s’arrête !»

J’ai envie de dire L O L mais ça ne serait pas constructif.

On est touché mais on ne sait pas pourquoi si ce n’est que c’est « dégueulasse, tout ça à cause de ces sionistes pourris ! J’ai trop la haine !». Pas moyen d’élever le niveau ?

Je suis sûre que oui parce que dans le fond, on a tous un peu de talent qui traîne.

Dis moi… Que connais-tu du conflit ? De son historique ? Des enjeux qui en constituent la trame ? Des états impliqués visiblement ou pas ? Des leviers de réforme à actionner ? De ton devoir de recherche ? De ce qui se passe derrière les caméras de CNN ?

Pourquoi c’est le Sahara dans ton esprit tout à coup ? Pourquoi sommes-nous des schizophrènes à l’émotif bancal ?

Tu as surement pu lire quelques interprétations divergentes concernant la cause de ce « Pourquoi« . Pour ma part, ça fait des années que je m’interroge non pas particulièrement sur la situation en Palestine même mais plutôt sur notre panel de réactions émotives émergeant (comme à un réveil d’un coma) à chaque nouvel assaut israélien.

J’en suis arrivée à ce postulat de base :
Qu’il s’agisse de la Palestine, de pains aux chocolats, d’une nouvelle vague d’islamophobie, d’un propos « pas très gentil » de la part d’un politique, de l’exclusion d’une lycéenne ou encore de la jubilation explosive de certain(e)s parce qu’un pédophile a dit du bien des Palestiniens, c’est à chaque fois révélateur de nos paradoxes.

Inutile de s’éterniser en paragraphes argumentés, ma conclusion est la suivante :

Nous ne sommes pas revenus correctement à Allâh.

S’émouvoir, c’est pas aram ma sœur. Bien sur que non, c’est même bénéfique pour nous rappeler qu’on a un cœur et qu’il vit autrement que par ses battements. Mais quand l’émotif à outrance est la seule action qu’on arrive à entreprendre en masse à côté de la manif du dimanche aprèm parce qu’on avait quand même rien d’autre à faire et que ça nous apaise la conscience, je m’inquiète. Et parfois, je flippe, j’avoue.

* Qu’on s’entende bien : Les manifs, l’émotif, le boycott, les plantations d’oliviers parrainées, l’envoi de nourriture, la prise de conscience, les recherches historiques ou les invocations sont autant de facteurs importants… S’ils sont entrepris en corrélation les uns avec les autres et de manière communautaire. Quand on en sectionne un pour en faire son projet de vie sans boussole morale, sans savoir vers où on va, et sans savoir en fait que l’islam offre des réponses, ça fait pitié et j’ai envie de le dire sans doser. *

Reprenons.

Si nous étions correctement revenus à Allâh en faisant table rase de notre passé nauséabond mais également et surtout en opérant une déconstruction pièce par pièce de notre disque dur interne au niveau de notre réalité pour ensuite pouvoir se réapproprier une croyance islamique pure, on serait sans doute capables de mieux.

Ceci, pour ne pas arriver à un stade où on s’enferme dans une bulle de spiritualité hermétique et où chaque contact avec le réel, le monde, bref le truc qui nous entoure chaque jour ne donne pas systématiquement lieu à un trauma en mode « dégoutage time ».

Laisse-moi à présent te présenter un ami à moi. Il ne fait pas partie de mes mahrams proches, nous ne nous sommes pas rencontrés dans une cour de récré du secondaire et encore moins au détour d’une confé sur la citoyenneté de Ramadan. C’est quelqu’un ou plutôt quelque chose que j’affectionne particulièrement et qui, en plus d’avoir répondu à un paquet de mes questions latentes, m’a donné plus confiance en mon rapport au monde dans ma quête de Vérités à bord de mon vaisseau Islam.

J’aime bien le suspense.

Je le trouve même funky.

Faisons-le donc durer encore un instant… ou deux ?

Cet « ami » m’a permis d’assembler les pièces de mon puzzle mental, une sorte de patchwork de toutes mes réflexions et analyses jusque-là sur le feu. J’ai pu également investir pleinement les sphères de ce Tawhid qu’on vantait si complexe et qui est si limpide pourtant. Là tu te dis qu’un ami qui te permet d’allumer le ventilo dans ton esprit brumeux, tu aimerais toi aussi le rencontrer.

‘ Le Sheykh AbderRahman Ibn Sa’di a d’ailleurs cité dans son exégèse que la connaissance de la réalité par le musulman est fondamentale pour savoir « qu’il n’existe pas d’autres divinités qu’Allâh» dans son sens juste. Et pourquoi ne le serait-elle pas ? Puisque qu’avec le Fiqh al-Wâqi’ s’accomplit le principe de « l’alliance et du désaveu » (al-Walâ wal Barâ), car ce principe est un fondement essentiel de la croyance en l’unicité établie par la formule « Nulle divinité autre qu’Allâh». ‘

Tu l’auras compris, cet « ami » n’est personne d’autre que le Fiqh al-Wâqi‘ que l’on peut définir de la manière suivante :

C’est une science qui consiste à analyser les situations qui prévalent à notre époque, à comprendre les facteurs qui exercent une influence sur les sociétés, les forces qui orientent les États. Mais elle consiste aussi à étudier les idées destinées à déstabiliser le dogme (‘aqida), ainsi que les moyens légitimes qui permettent de protéger la Oumma et d’assurer son progrès présent et futur.
Tout cela, analysé sous le prisme de cette même ‘aqida et des sciences qui lui sont liées.

En bref, la science du réel.

Si tu veux découvrir cette discipline extrêmement nécessaire à chaque musulman(e) qui composent cette Oumma, tu peux te procurer l’excellent ouvrage commenté par ‘Aissam Ait Yahya : « Fiqh al-Wâqi : le savoir profane au service du savoir religieux».

Deuxième cadeau parce que la générosité est mon deuxième petit nom : si tu es de Bruxelles ou alentour et que tu n’as rien à faire de constructif mardi 11 décembre, que tu sais compter deux par deux et lacer tes chaussures mais surtout aller au 276, rue Saint-Denis à Forest, tu peux t’inscrire à la conférence organisée par le Collectif Réflexions Musulmanes sur cette même discipline : « Fiqh al-Wâqi’ : Quand l’Islam comprend le monde», à partir de 17h30 en envoyant ton nom et prénom à l’adresse suivante : refmusulmanes@gmail.com.

Et comme dit le dicton, jamais deux sans trois, voici un dernier cadeau pour la route :

« Il est affligeant de voir que certains musulmans aujourd’hui étalent une ignorance manifeste des maux qui touchent leur communauté alors que les salafs se souciaient d’événements extérieurs à la Oumma !

D’autant plus, que le Prophète, ‘aleyhi salât wa salâm, énonça : « Les croyants, dans leur affection et leur sympathie réciproques sont comparables au corps. Si l’un de ses organes est atteint d’un mal, toutes les autres parties lui répondent par l’insomnie et la fièvre. » (Muslim)

Que dire quand ce sont aujourd’hui plusieurs membres de ce corps unique qui souffrent sans autre réaction de la part des musulmans que résignation et fatalité, voire insouciance et dédain ? Qui sont ceux qui connaissent la dure réalité de la situation politique, sociale, économique et culturelle des musulmans au Caucase ? Au Cachemire ? Au Turkménistan oriental ? Ou bien dans les ex-républiques soviétiques sous le joug des tyrans les plus mégalomanes qui soient (tel Ramzan Kadirov en Tchéchénie, Islam Karimov en Ourbékistan)…

Et tout cela, avant même de vouloir comprendre les enjeux des luttes géopolitiques entre puissances étrangères à l’Islam. »

Peace.

S.