Visibilité du voile : « Quand on veut tuer son chien, on invoque la rage ».


#.

Oui, j’ai encore des choses à dire sur la question. Comment pourrait-il en être autrement ?

Cette question de la visibilité du voile, en particulier dans le domaine professionnel, est le terreau de réflexions. Une des réalités qui me donne à cogiter est le presque néant d’arguments viables et solides lorsqu’un employeur se met en tête de refuser une candidate car son apparence ne plaît pas. Les motifs oscillent entre médiocrité intellectuelle et hypocrisie capitaliste, laissant dubitatif tout spectateur.

En partageant certaines d’entre elles avec mon paternel, celui-ci me cita le dicton suivant : « Quand on veut tuer son chien, on invoque la rage« . Quand on veut refuser une femme voilée et/ou la visibilité de l’Islam dans son entreprise, on invoque la sécurité, la laïcité, la neutralité, l’intégration et autres joyeusetés.

On ne va pas se voiler la face, en plus du corps : L‘islam est l’enjeu majeur du siècle. De ses bovins sacrifiés aux croyances qu’il comporte en passant par ses manifestations textiles, absolument tout ce qui le concerne peut faire le gros titre de n’importe quelle plateforme d’informations. Le voile est donc un aspect de cet enjeu, apprivoisé par bien d’étranges oiseaux. Il ne s’agit pas de larmoyer mollement chaque refus, injustice ou violence. Il s’agit de mettre le doigt sur ce qui semble désormais relever de la norme zélée, anomalie démocratique.

En matière de voile porté par de nombreuses femmes musulmanes sur le marché de l’emploi, il est difficile de ne pas constater l’excès de zèle avec lequel les employeurs, tous sexes confondus, disent clairement ou métaphoriquement : « Si ce job tu veux, ton voile tu mettras au feu » (ceci est une image, les employeurs ne sont pas -encore- gourou de pyromanie).

Les mains dans les poches, le bout des fesses sur le bureau, la voix monotone :

« Vous savez, c’est la neutralité qui veut ça (C‘est jamais leur faute, tu comprends). Et nous avons fait de la neutralité, notre valeur (Quelle grâce…). Ce n’est pas vraiment vous le problème (Ah bon ? C’est ta sœur, du coup ?), on aurait dit pareil à une personne tatouée de grosses croix sur le visage (C‘est clair que ça court les rues…). Vous voyez, c’est la règle pas un rejet individuel de votre personne ! (Et la lumière fut !) »

Encore un peu, on aurait droit à une tape amicale d’encouragement à rejoindre l’autre côté de la porte, en toute neutralité, évidemment.

Parfois, nous avons droit à encore plus direct comme rejet : « Acceptez-vous de retirer votre voile pour travailler ? Ah oui, parce que nous avons déjà travaillé avec des femmes voilées qui le retiraient. » Pourquoi se fouler quand on peut aller droit au but, comme Zidane ?

Et pour finir la candidate à la machette, on lui adresse un : « D’accord, c’est votre choix. Êtes vous quand même ouverte à la discussion ? »

Car évidemment, l’ouverture, la discussion, la flexibilité est unilatérale. Jamais la politique de recrutement ne sera remise en cause. Jamais les « valeurs » ne seront poussées à leur paroxysme plutôt que faisant office de vulgaire oasis. C’est vous, votre fichu moyenâgeux et votre résistance à la sainte neutralité qui sera visée par la laïcarde et divine « ouverture d’esprit ».

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Ce zèle est au moins à relever par les mots. Qu’on ait le courage d’aller jusqu’au bout de la démarche ou non, il est indispensable de confronter ces individus « aux grandes valeurs » à leur incohérence primaire. Pas parce qu’on a une âme de militant Greenpeace halal mais parce que c’est le minimum vital en matière de spiritualité active et d’humanité authentique ENVERS SOI. Car nous sommes notre propre outil et qu’à défaut de bénéficier du minimum vital en matière de considération et de justice, il faut bien puiser en soi pour rebondir.

Non plus car demain nous verrons François Copé partager un pain au chocolat avec Nouman Ali Khan mais pour user de l’expression qui n’appartient à ceux qui la pratiquent, qu’importe les tentatives de mutisme. La même expression que trop de personnalités publiques ou non essayent d’extirper afin de déshumaniser la femme voilée et de la réduire à un vulgaire objet inerte, manipulé, passé de mains sales en idées nauséeuses.

« Oh tu exagères, c’est ça la laïcité. » Déjà, ce n’est pas « ça » la laïcité sur le papier, ensuite, même si l’on était 3 à le vivre, ce serait 3 de trop. Fort heureusement pour les chiffres et postulats en ce sens, nous sommes des milliers.

Parlons peu, parlons résilience. Que se passe-t-il dans notre organisme quand nous vivons un rejet d’apparence ? Plusieurs voies s’offrent à nous, j’évoquerais les plus pertinentes à mes yeux.

• Nous avons la preuve d’avoir essayé. Essayer, c’est poser une action concrète qu’importe l’ambiance mentale qui nous assiège. Ça nous évite la flagellation de regrets et l’auto-étiquette de « looser ».

• Nous nous sentons vivants. Qu’est-ce qui pourrait nous arriver de pire ? Mourir ? C’est clair que ça mettrait un frein à tout le reste sur terre. Eh bien, un rejet ne tue pas et un « non » pas plus.

• Nous sublimons notre vécu spirituel. Qu’est-ce qu’un non humain face aux infinies potentialités divines ?

• Nous aiguisons nos projets, valeurs, motivations. Bref, nous évoluons. « J’ai tel but et les voies sont plurielles afin de l’atteindre. Celle-ci n’a pas fonctionné, que puis-je explorer à présent ? »

• Nous gagnons en flexibilité psychologique. Le premier rejet est difficile à gérer, le deuxième un peu moins puis on a compris la chanson. Ce qu’il reste dans notre champ de vision, ce sont nos aspirations. Le reste n’est que redirection vers elles.

• Nous apprécions ce qui se passe harmonieusement dans l’ici et maintenant de notre vie. Du temps libre appréciable, un autre projet en cours, une meilleure connaissance de soi…

Ces gains sont possibles dès lors qu’on prend du recul face à ce qui nous arrive. À partir du moment où l‘on cesse de fusionner avec les histoires qu’on se raconte et qu’on dit à notre cerveau : Good story brain, laisse-moi appréhender les choses à ma manière, de sorte à épouser la résilience, à rebondir après le rejet, à créer des « oui » après les « non ».

À tous les Darth Vader du rejet d’apparence, déposez les armes ou votre humanité périra. La Force est partout, cessez la lutte et admirez les Jedïettes de la résilience !

May the Force be with us les gars ou la légalisation de l’homicide, un des deux.

S.

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13 réflexions sur “Visibilité du voile : « Quand on veut tuer son chien, on invoque la rage ».

  1. Très bien écrit, ma soeur!
    J’ai l’impression que tu cherches du travail en ce moment, non? Lol

    Ils croient qu’ils nous feront renoncer au voile en essayant de nous exclure de la société mais nous sommes des femmes fortes & intelligentes, nous savons mener à bout nos projets en gardant nos convictions.
    Je ne comprends vraiment pas leur vision de la laïcité dans ce pays mais passons.
    Je suis fière de ta fierté, Saadia! Hahaa Tu peux faire ce que tu veux, tu es une femme brillante! Ceux qui te rejettent sont les perdants.

    Au début ça me rendait dingue aussi de voir à quel point le voile était objet de discrimination & je me posais en victime, j’avais très peur de la moindre remarque qu’on pouvait me faire. Mais maintenant j’ai compris, je ne vaux pas moins qu’une autre femme & je marche la tête haute (même si mon cerveau d’hypersensible tente de me faire baisser la tête pour éviter de souffrir pendant 100ans d’un seul miniscule mot blessant hahaa)
    Wa salam
    Qu’Allah te protège ma soeur.

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    • Haha, je suis si flagrante que ça? Oui effectivement, en plein dedans du coup j’en profite pour l’aborder.
      Tu as tout résumé je n’ai que peu à ajouter. Je trouve que ce désamour du Musulman ouvre la voie à des choses belles et inexplorées, ça confronte à ce qu’on préfère occulter même du côté du ‘rejeté’… Enfin! Je suis contente de te voir de retour. Je me demandais qui t’avais kidnappée. Merci pour ton commentaire, tes interventions me sont précieuses.

      Aimé par 1 personne

      • Oh merci ma soeur, ça me fait très plaisir!
        Heuu oui oui oui tu es flagrante! Haha mais tu as bien raison de partager ce que tu ressens avec nous car j’imagine que beaucoup de soeurs en hijab vivent la même chose que toi.
        En tout cas, comme je l’ai dit, une fille brillante comme toi doit connaître sa valeur, ne te rabaisses jamais pour ceux qui n’en valent pas la peine. C’est drôle, il n’y a qu’en France que travailler avec le hijab pose autant de problèmes (en tout cas à ma connaissance).
        Tu peux développer à propos des « belles choses » engendrées par le désamour du Musulman? C’est très intéressant ;)
        Oh non, je n’ai pas kidnappée haha, disons que, comme tu dois le savoir, il y a des périodes où on a envie de lire & d’écrire, & d’autres non.
        Wa salam!

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      • Sans vouloir faire la Jeanne d’arc, même si je le voulais un jour sous cocaïne, je ne le pourrais pas. Ce serait donner raison à la haine, la stupidité, l’insensé, l’injustice, l’hypocrisie et à la division…

        Oui, je peux développer. Tantôt, il y avait un reportage sur un indien qui a mis en place des toilettes publiques en Inde, s’est fait railler puis a fait fortune. Il a ensuite inventé un système de rentabilisation du méthane (désolée c’est pas glam du tout) émis par les Hommes pour générer de l’énergie et permettre par exemple d’éclairer les rues la nuit ou de faire tourner les cuisines annexées a des zones de pèlerinages. Je me disais, tiens ce sont souvent des gens qui vivent des galères, qui sont confrontés à des défis dans leur quotidien (on est loin des toilettes jap qui te proposent limite un brushing quand tu vas au petit coin) qui font preuve d’ingéniosité.

        Ici, je vois la même chose. Ces attitudes confrontantes de rejet du Musulman en tant que membre d’une communauté que l’on veut ostraciser, ces rejets en cascade, cette absence de justice sont autant de réalités qui poussent ceux qui les vivent à faire preuve de résilience, à puiser en eux pour créer ce qui n’existe pas, de sublimer ce qu’ils sont, d’aller plus loin que là où ils sont arrivés en terme de réflexion. Comme je le disais, tout ceci n’est possible que lorsqu’on sort du trauma initial qui peut se renforcer à chaque altercation. Dès qu’on se dit : « D’accord, je serais confrontée à 95% de refus. Deal with it ma grande. What’s next ? »

        Des choses sublimes sont possibles et une illustration grandiose du message divin s’esquisse. J’ai foi en tout ça et j’espère pouvoir y arriver et aider à y arriver avant de m’éteindre.

        Je m’arrête ici avant de fondre :D

        Aimé par 1 personne

      • Oulalaa MERCI!
        Je crois que je vais accrocher ce texte dans mon salon & le relire tous les jours! Haha
        Plus sérieusement, tu devrais être coach de vie musulman!
        Bon, encore plus sérieusement, ton optimisme & ta détermination sont vraiment motivants. Si je t’ai demandée de développer, c’était justement parce que je savais que j’aimerais la façon dont tu m’exposerais ta pensée & m’amènerais à y réfléchir!
        C’est dur.. Très dur de sortir de la fameuse « victimisation » mais je suis tout à fait d’accord avec toi, une fois qu’on accepte les choses telles qu’elles sont & qu’on renonce à se replier sur soi, une envie de montrer au monde qui l’on est s’empare de nous & on a le sentiment sublime de ne plus avoir peur de ceux qui ne nous aiment pas. Quelle libération! Je n’en suis arrivée à ce point que très récemment, après une longue période d’angoisse face à l’islamophobie donc crois-moi, ce que tu écris me réjouit & me motive!
        Qu’Allah te protège, chère soeur.

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      • J’admire mes deux parents pour certaines choses et pour d’autres, pas du tout. Je pense qu’il est bon de ne pas être ni dans le déni ni dans l’aveuglement. La relation parent/enfant est unique et particulière, je pense que c’est ce qui fait si’ ambivalence… Bref, je repars encore en conf :D

        Aimé par 1 personne

      • OH QUE OUI.. Très ambivalente.
        J’adhère totalement à ce que tu viens d’écrire.
        Parfois j’ai l’impression d’aimer très fort mes parents & de les détester en même temps. C’est affreux à dire.

        Aimé par 1 personne

      • Pas si affreux que ça plutôt authentique :D et pour te rassurer bien des parents sont dans cette ambivalence. C’est pour ça que j’ai énormément de mal avec les discours dits religieux qui occultent totalement cette dualité pour ne faire place qu’aux papillons, au paradis sous les pieds de la mère, au respect indéfectible qu’un enfant semble devoir à ses parents. Or, sur le terrain ce discours sans nuances fait des dégâts, souvent invisibles jusqu’à ce que…

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