Ce qu’il y a de fondamentalement brutal dans le refus de la visibilité du voile.


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Les générations qui frôlent, dépassent le quart de siècle ou ont déjà atteint la trentaine ont suivi la recette édictée matin, midi et soir depuis leur intrépide jeunesse.

« À l’école, tu étudieras. Des stages, tu multiplieras. Une expérience, tu acquerras. Un diplôme voire plusieurs, tu auras. Et un boulot, tu décrocheras. »

Cette prophétie capitaliste est désormais démentie par la réalité. Cette recette magique n’en est pas une. Les semaines, mois et années passent pour ces (sur)diplômés en quête d’un emploi de plus en plus incertain.

Toute femme ayant fréquenté de près ou de loin le secteur de l’emploi dans la plupart des pays occidentaux francophones le sait, il ne fait pas bon d’appartenir à la moitié de l’humanité. Quand, dans un contexte de fantasmée égalité, l’idée folle de modifier son apparence étreint cette même femme, la tare est double.

Car on peut voir le voile, ses cultures, sa dextérité à parler une langue aux sonorités orientales comme des « richesses de pluralité », il n’y a que les bisounours que cela comble. Et ces bisounours-là se font rares.

Sur le terrain, porter le voile est vu comme une menace à la neutralité, ce concept tellement flou, « terrain vague » ou fourre-tout qu’il en devient désuet. Sur le terrain, malgré les diplômes, la passion et les compétences prometteuses, la porte est fermé aux nez, tous modèles confondus.

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Les frais auraient pu s’arrêter là, seulement ce serait trop gentillet. La candidate peut refuser catégoriquement un contrat en sacrifiant son voile et alors, l’affaire est réglée. La candidate peut tenter de trouver un terrain d’entente, un compromis où ce voile haï se porterait différemment mais là encore, il y a trop de refus pour si peu de flexibilité. Enfin, la candidate peut décider de se plier à cette exigence patronale et retirer son voile. Il y aura au moins un heureux despotique qui s’ignore et une embauchée, passée d’une perçue soumission à une réelle autre.

Mais quoi qu’il arrive, quelle que soit l’option choisie, les exigences, le dialogue, tout ça a un goût de lutte acharnée. Ce qu’il y a de profondément brutal dans le refus de la visibilité du voile, c’est la négation de la visibilité d’un être à une époque qui crie famine d’acceptation inconditionnelle. C’est ne voir l’autre, que s’il se sacrifie toujours un peu plus. Refuser un poste à ces trop nombreuses femmes qui font de leur passion, une compétence même lorsqu’elles font preuve de flexibilité, c’est rendre caduque ces prétendus désirs de « vivre-ensemble ». C’est désirer soumettre l’autre par le gré forcé.

J’ai beau analyser l’équation, la faire virevolter tant que je ne compte plus les tentatives, tout ça a un goût colonial. Quelque chose d’amer et d’âcre à la fois. Et les choses vont même plus loin. On emballe le vieux slogan « Musulmanes, dévoilez-vous ! » dans des « exigences commerciales », « c’est pas moi, ça vient d’en haut », « c’est pour la clientèle, vous comprenez », « par respect de la neutralité », « question de sécurité, ma p’tite dame ! ».

Ce n’est plus « Algériennes, n’êtes-vous pas jolies ? » mais « Chère citoyenne, n’avez-vous pas de si belles compétences ? Aspirations ? Ne voulez-vous pas faire carrière ? Vos imams ont permis de laisser tomber le voile pour le travail. Regardez votre collègue, elle a fait preuve de motivation. Elle le voulait ce poste et elle a opéré le sacrifice qui lui sied ! Et vous, et vous ? »

Je suis sans doute une idéaliste têtue car ces réalités, même si elles me blessent, me donnent également une once d’abnégation de plus après chaque confrontation déçue. Quelque chose qui vient du fond de l’être et qui octroie un espoir de trouver une place, quelque part. Cette croyance ferme en la résilience, si prometteuse. Cette douce témérité qui permet de tenter de créer ce qui n’existe pas et de refuser d’illustrer une énième division, de mimer la haine qu’on nous adresse, de se réfugier dans un communautarisme qui ne charme pas plus.

Je suis, pour sûr, une idéaliste têtue et mes passions sont plus grandes que la petitesse des Hommes et ce qu’ils peuvent opérer comme désuètes oppositions.

 

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4 réflexions sur “Ce qu’il y a de fondamentalement brutal dans le refus de la visibilité du voile.

  1. abonnée par mail à cocaïnolivre depuis longtemps, j’ai enfin un éclair de lucidité aujourd’hui : je peux aussi le faire pour ce blog au lieu de venir vérifier tous les 15 jours s’il n’y a pas de nouveaux articles … ah la la.

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