Ce que les haineux des internets m’ont appris.


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J’aurais pu appeler ce billet « Ce qu’avoir un blog m’a appris » mais je savais que je voulais me concentrer sur un des aspects du blogging, celui qui pique parfois plus que les autres. Cet aspect n’est autre que celui non pas de la critique mais de la haine déployée sur les ondes wifi. Celui aussi qui pousse au silence les personnes désireuses de comprendre par peur de donner une tribune à « ceux qui ne le méritent pas ».

J’ai mis énormément de temps à accepter de poser le mot « haine » sur de tels comportements car je trouvais cela trop facile. Par la force des choses, j’ai du me résigner car je ne trouvais aucune autre explication plausible.

Le scénario est toujours le même. On vit notre vie, on gambade joyeusement puis, on checke ses mails ou ses notifications facebook et boum, un commentaire sauvage apparaît.

« One way to ihsan ? Pfff tu parles ! »
(Je suis gentille, j’en prends un classique)

Au début, on ne comprend pas ce qui pousse un internaute à s’exprimer de la sorte. On se dit qu’il y a sûrement quelque chose dans l’écrit qui justifie cela. On reste sur notre faim car on aurait aimé un argumentaire plus généreux. Puis, on se dit qu’on le mérite sans doute. On remet les choses en question mais on ne comprend toujours pas. Il nous est alors possible d’adopter deux minhajs (ou manahij, si tu es bilingue et pointilleux-se) :

Le premier consiste à se dire que tous ces gens critiques pour un oui ou pour un non ont raison, quelque part, au fond, si l’on cherche bien. Qu’il vaudrait mieux aller se cacher, enterrer ses productions, que nos efforts et notre amour du partage ne servent à rien, pire, que nous ne servons à rien. Que malgré les compliments par millier, les réactions argumentées, les messages de remerciements, ce sont les commentaires de ce type qui nous touchent en plein cœur. Parce qu’on a mis du cœur à l’ouvrage et qu’au travers de celui-ci c’est notre cœur que l’on piétine derrière son écran pixelisé. En d’autres termes, que l’inconnu(e) en question a le pouvoir de poser un jugement immobilisant sur notre âme.

Le deuxième consiste à se dire que les gens ne savent rien, que c’est leur internalité qui s’exprime et qu’on sert de miroir, de prétexte à une énième projection. Que c’est leur faute s’ils ont la haine. Que nous avons un but, un parcours mental, des observations derrière tel écrit. Qu’on ne peut convaincre tout le monde, ni se faire aimer de l’univers entier. Qu’il faut avancer, que c’est un paramètre inévitable. En d’autres termes, qu’on y est pour rien.

Le problème c’est qu’à mes yeux les choses ne peuvent être si simples. Que la frontière est très mince entre la critique constructive même si porteuse de colère et l’effusion de haine sous couvert de « bonnes intentions ». Entre la responsabilité individuelle et celle des autres.

Le problème bis, c’est que je n’ai aucune réponse à ce mystère social. Celui qui pousse une personne avec qui on pourrait avoir collaboré, une autre qu’on pensait amie ou soyons fous, « sœur », « frère » ou tout simplement un inconnu à laisser libre cours à sa haine sous un vil pseudo. Ces personnes peuvent être psychologues ou employés d’usine, elles adoptent le même comportement questionnant, que ce soit en usant de l’impunité qu’octroie l’anonymat ou en assumant leur identité (fait rare, tout de même).

Au début, on est déstabilisé. Je suis déstabilisée. Quand je découvre que je connais la personne et que je n’ai jamais eu de parasites sur notre ligne relationnelle, je le suis encore plus. On pourrait dès lors sortir les étiquettes classiques : « Tu n’as pas confiance en toi », « Tu accordes trop d’importance aux regards des autres », « Tu n’as pas compris ceci ou cela » ou : « Ils sont animés par la jalousie et n’osent pas manifester celle-ci IRL », « Ils n’ont pas de vie, ne se sentent pas bien dans leur peau ».

Ce sont des hypothèses acceptables. Vraies ou fausses, elles ne répondent qu’à (trop) peu de choses.

À contrario, la seule conclusion qui me semble viable est la suivante : Personne sur terre ne peut réellement prendre connaissance de ce qui se passe chez son prochain. Nous pouvons deviner, théoriser, ressentir en wifi, estimer mais tout cela se cantonnera à des approximations, parfois boiteuses, parfois dignes d’un génie mais souvent si loin de la réalité. Et ça s’arrête là. Dès lors, comment pourrait-on dépasser les limites de l’acceptable et coller à l’autre des choses qui vont beaucoup plus loin que la simple constatation de faits ?

Cette unique conclusion me mène à la déclaration suivante :

« Je ne sais pas ce que tu ressens, tu ne sais pas ce que je ressens. Je ne sais pas ce qui a composé ta vie, tu ne connais rien de ce qui m’anime. Et même si l’on passait des décennies à se l’expliquer, on ne pourrait jamais saisir la réalité de cet autre qu’on prend pour terrain conquis. Prendre conscience de ces faits permettent de remettre les choses à leur place et de ne pas flirter avec l’omniscience, indigne de mon être et du tien. »

Dans le même ordre d’idées, je vois souvent des écrits remerciant les haineux d’avoir été haineux. Je ne peux personnellement pas prendre le pli par estime primaire de moi-même.

Je ne comprends pas la pertinence d’une telle démarche : dire merci à des gens qui sont animés par des conflits intérieurs irrésolus, qui laissent ces dits conflits polluer les autres, qui lancent leur poison nonchalamment sur la toile et blessent par leur immaturité émotionnelle. Sommes-nous sados ? Aimons-nous tendre l’autre joue ? Ou scandons-nous, comme des benêts le célèbre « pardonne et dis merci pour te libérer » ? Ces attitudes éveillent en moi toutes sortes de réactions. Dire merci n’en fait pas partie.

Par contre, j’attesterais une nouvelle fois de la qualité d’Éducateur que le Divin illustre chaque jour qu’Il m’offre au travers des Hommes qui croisent mon chemin. Et à Lui, je dis merci.

Je dis également merci à toutes ces oreilles attentives et empathiques qui ont accepté de manière inconditionnelle d’accueillir mes épisodes d’incompréhension, de blessures et de guérison.

Qu’Allâh nous permette d’être des individus clairvoyants, en ce mois privilégié de (re)connexion à soi.

S.

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5 réflexions sur “Ce que les haineux des internets m’ont appris.

  1. Les relations humaines sont déjà bien compliqué sans internet alors avec il est vrai que c’est encore plus complexe. La conclusion face à cette haine: celle que tu as sus-mentionné me paraît la plus adapté. I agree with you.

    Aimé par 1 personne

  2. Moi j’apprécie toujours vos textes même s’il est vrai que je ne commente jamais…Je sais que vous n’avez pas besoin d’encouragements mais sachez tout de même que vous avez un réel talent, une belle plume qui, je l’espère, accouchera un jour d’un bouquin…Merci pour tout ce que vous m’avez apporté et qu’Allah vous facilite dans vos projets…(Amine) et que la paix soit sur vous!!!

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