Quand tu as vu…


#.

Je ne me réveille pas, tout sueur, en plein milieu de la nuit, comme dans les films, même si mes démons pourraient m’extirper de toutes mes petites morts. Je n’ai pas de flashback à la phénomène Raven malgré les souvenirs qui m’assaillent. Je ne chiale pas au toilette après m’être isolé d’une salle de fête.

Mais j’ai vu, c’est trop tard. Disney, c’est mort. Le papillon qui vole innocemment, aussi. C’est juste mort. La lucidité se présente à toi habillée d’un poing américain et… Tu as vu. Senti. Flairé. Encaissé. Tu ne vois plus trouble mais trop clair. Et chaque plaisir trouve son alter ego de clairvoyance. Tu kiffes mais tu sens le réel arriver, en ricanant. Et même avec un million de plaisirs, tu seras toujours en déficit. Tu ne vis rien sans te préparer au pire. Tu aimerais contrôler… En riant nerveusement. Mais tu ne contrôles rien, tout t’assaille. Tu te lasses, au final. Rien de plus. Tu vogues sur la vie et le scoop devient routine.

Ce qu’il te reste, c’est une panoplie de masques sociaux. Diplômes, travail, appart, voiture… Mariage. Tu as lutté autant que tu le pouvais puis… Le délai n’en était plus un. Il te fallait passer à la caisse, arrêter la résistance.

Alors cette fille, je vais l’épouser parce que c’est ce qu’elle semble vouloir. C’est ce que tout le monde semble vouloir. Mon spleen se liera au sien, tant pis pour ses idéaux. Elle pense marier un gars lisse alors je n’ai rien dit. Je lui donnerais du plaisir, de l’attention, de l’amour même. Elle m’en donnera aussi, sans doute. Je la surprendrais avec ce qu’elle pense être mystérieux. Tu sais, ce qu’elles essayent toutes de nous faire comprendre par signaux subtils… Boriiiiing mais que veux-tu, ça fait partie du parcours classique. Alors je le jouerais, ce fichu rôle. Elle l’aimera, cette image bidon. Parce que c’est ce qu’elle veut.

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Mais sur mes gardes, je serais encore longtemps. Et si je la baisse un jour, je me mettrais un coup dans le ventre. Quoi qu’il arrive, je dois voir les choses arriver. Aussi sincère qu’elle puisse être, tu ne signes jamais avec une image statique. Elle changera, me trompera dans les mots ou les actes, me décevra, baissera les bras. Quoi qu’il arrive, la lucidité ne frappera que moi. Sauf si elle se réveille un jour. Ses côtés niais s’évanouiront alors et on pourra enfin entrer dans le vrai. Elle m’exaspérera moins, certainement.

Aujourd’hui, elle veut consulter pour mieux voir ce qui ne va pas. Me dit que notre vie la satisfait mais qu’il manque ce quelque chose. Moi, ça me fait rire. La pauvre, elle n’a encore rien vu. Elle résiste, ne veut pas y croire.

J’ai rien d’autre pour toi, ma pauvre fille. Parce que tu ne m’as jamais rien montré de plus, mi amor. Je n’ai fait que répondre à tes demandes. Tu étais princesse, j’étais courtisan. Je t’ai donné ce que tu voulais sans jamais te mentir et te voilà insatisfaite. J’aurais pu croire à tous ces dictons creux qui invitent à la réalité de ta satisfaction illusoire. Sauf que c’est le butin des lâches. De ceux qui n’ont rien compris à l’âme de leur belle. Moi, je ne t’ai que trop compris et alors, je me suis ennuyé. Pas parce que je ne pouvais t’apprécier mais parce que tu ne voulais pas te sauver. Tu t’es entourée de ta paranoïa du bonheur et tu finis par payer quelqu’un pour te tendre la main. Alors que j‘étais . Mais je te l’ai dis, je resterai car c’est ce que je t’ai promis. Et par la même, c’est ce que je me suis promis. Alors, j’attendrais que tu sois prête. Que tu abandonnes tes illusions. Ma douce, comme j’aimerais qu’on gagne du temps. Que je te conte ce que j’ai vu.

Tu penses que j’ai pris ça pour un jeu alors que je n’ai jamais été aussi sérieux. Et c’est par mon sérieux que tout ça a pu durer sans que tu ne perdes trop pied. Car je t’aime malgré ma peur. Et c’est parce que j’ai trop peur de tout que je me réfugie en ton amour. Malgré les coups dans le ventre et les comas d’insomnie. Parce que j’y ai cru avant toi, parce que j’ai vu avant toi. Mais surtout car si j’avais eu le choix, j’aurais attendu, comme toi. Comment t’en vouloir ?

Non, je ne peux que te comprendre plus. Alors je la ferais cette thérapie conjugale et j’espérerais qu’après cette énième illusion, on pourra enfin se rencontrer vraiment. Après seulement, on pourra se réfugier dans le sublime, légers de tous nos mensonges. Nous aurons tout perdu et alors nous pourrons tout gagner.

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2 réflexions sur “Quand tu as vu…

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