À qui profite le rappel ?


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Cela faisait un petit temps que je n’avais pas balancé un billet piquant sur un sujet qui l’est tout autant. Les quelques tergiversations littéraires ont assez brouillé les pistes, je peux lancer mes « pourquoi » comme si de rien n’était.

Après le crime, je me demande à qui profite le rappel duquel on prive ceux qu’on appréciait hier. Ce même rappel à propos de qui on écrira de longues tirades bien larmoyantes, souvent accompagnées du hadith qu’on ne présente plus sur cette « communauté telle un seul corps »… Seulement quand on veut. Seulement quand nos sourcils ne se froncent pas, quand nos convictions se voient confortées.

Ce rappel si fragile tant il se volatilise aussi vite qu’un « j’peux pas vous dire plus » lorsque l’autre dépasse la limite de la subjectivité. Ça veut dire, en langage plus clair qu’un bounty parmi les blancs, que quand l’autre craque un peu trop à notre goût, c’en est fini de notre love story, trucages compris. Il n’y a alors pas de fraternité qui tienne. Bisou, bonsoir si nous sommes un tant soit peu mahramique. Grand salâm invisible pour les autres.

Cela aurait pu s’arrêter là. Malheureusement, les consommateurs de dattes en nombre impair n’ont pas de limites et même lorsque tu craques un petit peu, tu es déjà exclu du royaume sauvé. RIP ton halal appeal.

Tu entendras des bruits de couloirs, tu observeras des changements de comportements ou des sourires forcés lors de rencontres fortuites. Au début, tu ne saisiras pas ce qui se dit sur toi. On t’enverra un messager avec qui tu as autant d’affinités qu’avec un partisan du Ku Klux Klan. C’est la procédure, ne chipote pas.

Tu auras pu distribuer des tracts tawhidiques hier, aujourd’hui tu ne vaux déjà plus grand chose dans la team des gens qui ont compris la ‘aqida. Tu auras pu parler diamètre de jilbeb et douceur de barbes hier, aujourd’hui tu es une paria au pays de la pudeur pour qibla. On aurait pu t’encenser hier à base de compliments en tout genre, aujourd’hui… Aujourd’hui, le roi lion de ta naïveté est mort.

On dira alors que tu en fais trop car tu es femme. Que tes hormones te jouent des tours (c’est toujours la faute aux hormones, ne cherche pas), qu’il faut te paternaliser un petit coup de plus afin que tu te calmes dans ta vie. En toute fraternité.

Si tu es homme, tu seras un pervers, un fassiq, un hizbi, un sufi, un ash’arite, un trapéziste. bref, pas un rajoul qui déchire. Tu feras partie de ceux qui n’arrivent pas à dompter leurs émotions, espèce de faible.

Si tu es un hamster, on te laissera tranquille. Mais tu n’en es pas un alors il faut que tu morfles pour purifier ton âme indomptée. C’est la faute à la iPurification. CQFD.

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À côté, t’en as qui en font juste trop. Chaque occasion est bonne pour conforter leur radar anti-fitna. Frustration maquillée pour boussole, tu auras droit à un petit message subliminal dès qu’une de leur blessure fera son apparition. « Tu sais, ma sœur… Je te considérerai comme telle si tu m’écoute, si tu vis dans mon ombre, si je deviens ton ultime exemple, si dans mon narcissisme, tu bois la tasse ». Et comme tu as une sensibilité fidèle, tu sentiras cette ambivalence sentimentale et, à nouveau, tu iras te coucher avec tes rêves d’union entre Hutu et Tutsi.

Je me demande, ce qui fait qu’actuellement, c’est-à-dire en 2015 après l’an zéro, nous avons le choix entre un rappel qui excommunie ou un rappel qui culpabilise plus qu’il n’inspire la remise en question ? C’est-à-dire, un choix qui ne nous en donne pas. Pourquoi est-ce que des moments partagés en toute authenticité, des expériences humaines solides, des causes communes effacent le droit au rappel et, finalement, à la considération la plus sommaire ?

Pourquoi les distances se prennent subitement ou progressivement, pourquoi l’autre devient porteur de laxisme quand on prétend représenter la rigueur islamico-éclairée ? Pourquoi, quand on voit quelque chose qu’on réprouve, on le garde pour soi pour le partager entre élus ? Pourquoi laisse-t-on l’autre dans ce qu’on considère comme faute ?

Pourquoi avons-nous plus de spécimens qui essayent de condamner plutôt que de comprendre ? Alors, oui il faut faire le tri car on est écolo fisabiliLlâh mais malgré tout, pourquoi ? Est-ce que cela arrive lorsque l’autre n’en vaut plus la peine ? Lorsqu’on cherche autre chose ?

Pourquoi l’orgueil qu’ont certains car ils jugent détenir toutes les vérités les poussent  à regarder de leur tour d’ivoire du Haqq ceux qu’ils voient traîner derrière eux ? Y a-t-il un système de tickets d’or pour le paradis envoyés par fax dont je ne sais rien ? Ou des baffes ne se sont pas assez perdues ?

Je me demande aussi, ce qui fait qu’on puisse bénéficier du rappel intrinsèque à cette fraternité qu’on fantasme plus qu’on illustre et ce qui fait qu’on doive résilier malgré nous. Jusqu’où va l’acceptation de ceux qu’on appelle frères et sœurs ? Quelles conditions sous-tendent ce lien exclusif quand les limites ultimes n’ont même pas été franchies ? Que dire quand elles le sont effectivement ? Quelle force a notre Foi quand elle convulse à chaque différence qu’on voit comme une menace ? Et enfin, comment, des êtres aux apparences solides viennent à tomber dans les mêmes écueils de ceux qu’on voit comme déséquilibrés ?

Au-delà des questions, des déceptions et des envies d’homicides, tout ça me donne envie de ranger ces conceptions de bas étage, finalement. De me dire qu’il ne faut pas perdre de temps avec ces considérations sociales primaires. Car ceux qui les ont provoquées ne répondront pas. Ils ne prêteront même pas l’oreille vu qu’ils ont enterré le lien qui les connectaient les uns (élus) aux autres (perdus).

Puis, je suis rattrapée par les réalités qui m’ont poussées à écrire ce billet et là, j’ai juste envie de trouver le bouton eject de cette grande mascarade en long métrage. Alors, plutôt que de condamner trop vite, je tente de comprendre. Et parce que la sagesse de l’âge te pousse à niveler tes analyses plutôt que d’investir dans la distribution de cordes. Et surtout parce que ma vision d’Allâh ne me permet pas de croire que tout ceci est normal et islamique.

J’aurais aimé profiter du crime à défaut du rappel pour tous.
Mais on verra ça demain.

Aujourd’hui, je règle des comptes et comme j’ai la classe, je ne vise personne et je m’adresse à tout le monde. Aujourd’hui, je règle nos comptes et vous me remercierez plus tard.

Quelqu’un qui se pose des questions.

 

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9 réflexions sur “À qui profite le rappel ?

  1. Salam alaikom wa rahmatuLahi,
    BarakALlaho fik pour ce billet ci bien rédigé ! Un bon rappel… A qui sert le rappel ? Aux gens sensé. Wa Lahu ahlem Qu’Allah nous assiste.

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  2. Macha Allah très beau texte. Des bons mots et du fond et deux-trois crochets uppercut pour lesquels se sentira visé qui le doit…
    On connait tous ces rappeleurs qui excommunient à coup d’étiquettes: « égaré, trapéziste!!! ». C’en est tristement drole.
    Je préfère tendre vers ceux qui nous culpabilisent si c’est fait sans excès.
    Dans tous les cas il faut avoir une éthique de la divergence sinon le silence vaut mieux.
    Un savant disait la vérité est semblable à une photo de groupe on peut être au milieu à gauche ou à droite. L’essentiel est d’être sur là photo.
    Sur ce que Dieu nous guide.

    Aimé par 2 people

  3. Salam,

    L’islam est profond mais ceux qui le pratiquent ne le sont pas forcément…
    L’on s’étonnera que certains « musulmans » soient des terroristes tandis que d’autres « musulmans » aspirent à la paix de leur âme.
    Comment est-ce possible alors que nous pratiquons la même religion?
    La différence est en nous-même, pas dans l’islam. Il y a ceux qui sont trop fermés d’esprit & qui sont certains de détenir toute la vérité, & il y a ceux qui vivent en sachant que seul Allah est Connaisseur & que nous ne savons rien.
    Les premiers sont frustrés & font des rappels à tout va en catégorisant les autres comme une machine qui colle des étiquettes sur les produits.
    On aura beau parler avec eux, c’est comme si une barrière nous empêchait de vivre dans le même monde alors avance sans te soucier des frustrés, ma soeur. Qu’Allah nous guide

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    • Ameen ajma’ine !
      Je ne sais pas si c’est la frustration ou les deux cas de figure cités, j’ai l’impression que c’est plus nuancé d’où ma difficulté à comprendre… Bon, à partir d’un moment, je ne cherche plus et me contente de mes maigres conclusions ! :D

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  4. Tu as raison, ne cherchons plus à comprendre ma soeur.
    Si on commence les hypothèses, il y en aurait trop & on serait toujours dans le questionnement. C’est peut-être trop facile de faire ça mais maintenant j’ignore toute parole mûe par la haine. À quoi bon parler avec qui cherchera trouver un prétexte pour haïr. (S’ils haïssent pour exister, c’est triste car il y a des moyens beaucoup plus enrichissants pour exister.)
    Wa salam.

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