Weswes.


#.

– « Je te ferais mal », dit la voix, immatérielle, t’enveloppant de toute sa déraison.

Cette voix que tu ne perçois même plus tellement elle fait partie de toi. Cette voix qui t’indique d’aller tout droit ou de prendre la première à gauche. Cette voix. Féminine ou masculine ? Peu importe ton genre ou le sien, tu es sous son charme. Une idylle dont le premier baiser a vu défiler bien des saisons. Depuis l’aune de ton plus vieux désir pour elle, tes décisions sont siennes. Un droit de veto sur chacun de tes achats, chacune de tes apparences, chacune de tes pulsions, presque animales. Un coup de blues ? Ta carte bleue dégainée, il n’y a de blues que celui pour lequel on appuie sur play.

Cette voix devenue la voix. D’abord tapie dans l’ombre, unissant ses mots dans un murmure, à peine perceptible. Tu ne lui prêtais que peu d’attentions, la tienne étant occupée par certaines choses et d’autres. D’invitation en invitation, tu pris place.

Qu’avais-tu à perdre sinon tout ?

Trop crédule pour voir l’évidence, ce siège devint de plus en plus confortable. Bientôt, tu ne connaîtras rien de mieux. Tu étais jusque-là seul aux commandes et te voilà targué d’un co-pilote bien gourmand.

Il ne fit qu’un avec la noirceur qui t’habite, au fond. Un atome de pénombre qui persiste malgré toutes tes BA du jour. Un atome contre lequel tu ne cherches aucune formule chimique. Tu le laisses faire. Tu te laisses faire.

Le pilote sur la banquette arrière… Quelle piètre tragédie !

Bientôt propriétaire de cet instant de paix, de plénitude temporaire. Ce trophée après lequel tu cours, qui fait office de masque depuis le temps. Un masque qui coupe les liens avec les autres, autrefois présents et bien noués. L’insensibilité pour metteur en scène, tu n’as de sensibilité que pour toi. Un amas de désirs établis en besoins, il n’y a que toi qui comptes. Égotique lâche, pantin immobile, devant la vie ôtée à un ado pour un distributeur de sons. Zappant face à une femme agressée devant ses deux yeux. Acquiesçant ou se crispant suite à ce que lui dira de croire déesse LCD. Un masque aux contours difficiles à établir.

Parfois, ce deuxième visage glisse lorsque tu perds pied. Lorsque ces offrandes pour ton âme ne satisfont plus ta noirceur. Quand le manque d’air te prend à la gorge, qu’il te faut pousser du pied pour retrouver la surface. Une vulgaire bouffée d’air dans ce monde où tu suffoque.

C’est là où tu es né.
Captif libre, coque vide.

La pyramide de maslow renversée, que reste-t-il de l’équilibre fantasmé ?

Le superficiel érigé en sacré. L’ignorance qui rend le fou savant dans un monde perdant chaque jour pied. Le campement des colons établi dans ton esprit et à même ton corps. Les mains sales de l’oncle Sam qui feraient pâlir Sartre. Menottes dorées dans des prisons imperceptibles, fondues dans le décor. La peine de mort abolie, c’est à présent nous qui peinons à mourir.

Comprends l’hymne : La mort condamnée à vivre !

Tu te demandes si l’univers que je dépeints est réel. Pure fiction immergée de mon imagination ou triste vision ? Orwell n’y est pour rien, il n’aurait pu imaginer un tel monde.

Prends place que je te conte le cauchemar qui n’a ni princesse à sauver, ni happy end à célébrer.

Levez vos verres à l’ère de la mondialisation !

Ici, on a le chant des sirènes pour ADN. Le superficiel établi en dogme. Les zéros de la sous-culture pour héros. Engloutis dans un mutisme, une inertie qui n’en finit pas de nous ronger. Entourés d’hommes aux reflets identiques, se pensant uniques. Qui ne savent rien des secrets du cœur. On ne tend plus l’autre joue, on tient l’autre en joue. Acculturation ou résistance ? Combien de sucres avec ça ?

De la novocaïne plein les tempes, les niggas d’hier sont les uncle Tom d’aujourd’hui. Des acteurs aux costumes surfaits. Autoportraits de joyeux forçats. Le problème, c’est qu’on a beau dissimuler les preuves, la culpabilité saute aux yeux.

Nul ne voudrait d’une telle croûte, pas même si elle t’était offerte par le Louvre. Pourtant, tu y prends place. Chaque jour, tu confirmes les contours de cette fresque. Chaque jour, tu ternis un peu plus ses couleurs. Oh, tu as évidemment quelques heures de lucidité où tu rêves de t’extraire de cette torpeur… Puis, elle t’assiège à nouveau. Puis, son règne est une nouvelle fois proclamé.

Elle t’avait prévenu et elle a mis à exécution sa menace…

« Je t’ai fait mal« , confirme-t-elle.

 

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