The Rite : l’incrédulité à l’épreuve du diable.


#.

Ceci n’est pas un remake de l’exorciste.

Chacun y verra ce qu’il veut y voir, comme à chaque fois. Ce que j’ai vu te sera conté car c’est la philosophie de la maison. Une maison de fous et de sains d’esprit. Une maison pleine d’amour et de haine aussi. Une maison où tu aimes prendre place et dont tu claques volontiers la porte. Dans cette maison qu’est mon esprit, il s’est à nouveau passé des choses. Et quelque part, je pense qu’on ne se refait pas. Alors, je t’invite, malgré tout et encore une fois. Prends place. À l’aise, mets-toi.

Il était laveur de morts, plus par convulsion familiale que par conviction. Les cheveux étaient lavés, les doigts peints. La mort rendue belle à voir pour ce dernier défilé. Il y avait vu des choses, dans cette chambre froide. Peut-être un peu trop. Tellement en fait que l’irréel finit en banalité. L’impression d’y être retenu grâce à lui.

Et pour s’enfoncer un peu plus, il suivit la destinée qu’on lui avait tracée. On ne comprend que très peu les victimes qui restent près de leur bourreau. Lui, je ne l’ai pas compris. Si tu t’obstines à résister, pourquoi restes-tu ? Une question qu’on pourrait tous se poser et que lui ne semblait pas considérer. Car il savait qu’il avait choisi. Que la destinée n’est pas qu’une affaire de choix. Il choisit dès lors de rester. Même après une lettre d’adieu, c’est un nouveau bonjour qu’il Lui adressa. Mais Michael n’était pas idiot. Les meilleurs éléments sont parfois ceux qui résistent le plus, au début. Ce n’était pas un homme facile, voilà tout.

L’exorcisme, pourquoi pas ? C’est deux mois à Rome qu’il ne refusa pas. Toujours paré de sa toge de scepticisme, au fond de l’auditoire. Un mécréant déguisé en croyant. Aux yeux des Hommes, c’est un téméraire. Aux yeux du diable, un insolent. Et dans le regard des deux, il ne trouvait pas sa place.

Les voies s’épuisaient mais il ne démordait pas.

Crois-tu au péché, Michael ?

Oui, je ne crois juste pas en le fait que le diable nous y pousse.

C’est là que la voie ultime s’offrit à lui. Lucas, de son prénom. Peu orthodoxe même si les résultats parlaient pour eux-mêmes.

Le corps convulse, se crispe et l’esprit en perd les commandes. Ce sont les yeux qui résistent le plus. Les ongles qui grattent le bois ou le carrelage. Un vieil ami, c’est ainsi qu’il se présente. Toi et moi savons qu’il n’est d’amitié que celle de l’imposture. L’orgueil du jardin d’Eden s’est fait quête de pouvoir de l’invisible sur le visible.

Certains croient pour fuir leurs doutes. Une assurance tous risques pour ne pas devoir les affronter. Lui était trop hanté par ses souvenirs pour laisser une place à la certitude. Même minime, elle était inconcevable. L’échéance fut donc repoussée. Comme une mélodie qu’on se force à écouter à l’envers. Il ne voulait pas admettre l’évidence, même quand c’est l’ennemi qui défend l’ami. La vanité a ça de force qu’elle est la faiblesse des incrédules. Vaniteux, il l’était. L’autre l’avait vu très vite. Et le lui a dit mais bien plus tard. « Allez, casse-toi« , en guise de remerciement.

Il avait choisi le camp de celui qu’il repousse et pourtant, face à lui, il paraissait sûr de lui. Les causes sont psychiatriques, vos certitudes sont illusoires. Enceinte jusqu’au cou, 16 ans tout au plus. Une fille amaigrie qui devine l’invisible. « C’est par la semence de son père que je suis entré en elle... » Mensonges ! C’est d’un psychiatre dont elle a besoin !

Et lui, alors ? Quelle est son excuse ? Aucun trauma mais le diable est en lui. Dis ton nom, démon ! Qu’en sais-tu, quelles preuves apportes-tu ? Arrête un peu, lâche la bride. Desserre les dents, acquiesce. Je te le répète : c’est d’un psychiatre dont ils ont besoin, pas d’un énième sacrement.

Une fois nus de nos secrets, que nous retient encore à nos mensonges ? Ces contes de fée qui cachent bien des obscurités. C’est son plus bel art, sa seule arme face à nous. Les fils des fautes rongés par les remords. Les mêmes clous sans cesse enfoncés et pourtant droits.

Ah, qu’ils forcent le sourire, les hommes pleins de doutes qui feraient n’importe quoi pour une preuve de plus. Aussitôt trouvée, aussitôt rejetée. La belle affaire ! Sois prudent, Michael. Ne pas en croire en l’existence du diable ne te protège pas de lui… Sa plus vile réussite est de nous faire croire à son absence tout en imposant sa présence. Tu finiras par croire car c’est ce que tu es venu chercher. On ne s’échappe pas de ce qui est déjà en nous. Tes actes de bonté faits sans conviction ne rattraperont pas tes péchés commis de pleine volonté. Mais résiste, tant que tu le peux…

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À force de tenter le diable, on finit souvent par l’inviter à table. On mangera toujours de la main droite mais à l’intérieur, c’est lui qui dîne. Comprends que l’hypocrisie n’est que le rempart des lâches. Des niais, des amoureux du risque. Celui qu’on prend chaque jour pour ne pas être confronté à nos peurs les plus primaires. Ou celles dont on se pense à l’abri car après tout, il n’y a que Lui qui sait. Cela devrait nous conforter à leur parler, finalement mais pas du tout.

Et puis franchement, qui aurait pu croire à une telle supercherie ? Un homme d’église qui prétend douter par moment ? Un jour, des semaines, plusieurs mois. Où il ne sait plus en qui croire… Dieu, le diable, père noël ou la fée clochette ? Avec pour excuse, de n’être qu’un homme. Qui prétend n’avoir aucun pouvoir mais qui se froisse quand il ne finit pas sauveur. Mais quelque chose demeure, au fond. Une couche de plus est grattée et quand la peine ne peut plus être supportée, c’est la sortie des abysses. Après les ténèbres vient certes la lumière.

Mais quand Hopkins se met dans la peau du Malin, c’est évidemment ahurissant. Jonglant entre les peurs et les désirs des protagonistes, un corps à corps musclé et désarmant opère. Le réel n’est pas surfait et nous surprend. On ne pose pas de conclusions consensuelles, tous les faits sont étalés sur la table. Et on ne choisit pas tout de suite. Lucas revient puis est aussitôt mis à la porte. Le diable exulte de la peur qu’il crée chez l’autre. Il tient sa victoire, enfin. Puis… Ses efforts furent vains. Car la gloire est et revient toujours à l’Unique. Et l’incrédule n’en fut plus un.

Te voilà spectateur d’un accouchement de plus. Je m’attends à ce que tu ne comprennes sans doute pas mais j’ai déjà tout dit, alors, tu vois… Peu importe.

Après deux visionnages, deux époques, deux valises de ressentis, je dépose enfin le tout. J’étais sceptique aussi mais pas pour les mêmes raisons. Faire croire à une réalité en jouant sur le faux n’est pas donné à tout le monde. J’ai voulu écrire ce texte comme on écoute Andare

Comme elle, The Rite ne surprend pas par ses notes ou ses décors, il épate par ce qu’il dévoile de et malgré nous…

Ah… Le cinéma est bel et bien la magie qui manque au réel.

Une femme qu’on appelle S.

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2 réflexions sur “The Rite : l’incrédulité à l’épreuve du diable.

  1. Salam aleykoum, sur celui ci j’ai eu du al à te lire, c’était peut être voulu, néanmoins la lecture ne se fait pas avec fluidité, il faut parfois relire plusieurs fois la phrase pour comprendre. J’ai beaucoup moins aimé que ce que je lis de toi habituellement.

    Aimé par 1 personne

    • wa’aleyki salâm,
      Je m’y attendais, je pense qu’on comprend mieux quand on a vu le film mais je n’invite pas tout le monde à le voir, il faut certains prélèminaires et ici, c’était pas le projet. Juste une envie de partager ce que ça a provoqué… Ou alors je commence à rouiller :D

      Merci de toujours réagir, ça me touche à chaque fois Mahdiya <3

      Aimé par 1 personne

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