Un message à ceux qui souffrent de leurs parents.


#.

C’est un sujet récurrent.
Les messages et témoignages ne se comptent plus.

« Je m’entends mal avec mes parents. Ils favorisent tous mes frères et sœurs à mon détriment. Ma mère passe son temps à me dénigrer. Mon père me bat et m’insulte. Ma mère dit que je ne me marierais jamais. Elle invoque pour qu’Allâh me maudisse. »

Ou pire (s’il y a une échelle du pire) :
« Ma mère dit qu’elle aurait souhaité faire une fausse couche. »

On est loin de la mère bienveillante contre vents et marées. La mère-sacrifice ou le prototype Disney de la maman modèle. On est loin du père Charles Ingalls. Et pour cause, la relation qui s’établit entre un parent et son enfant est un des liens les plus complexes sur cette terre. Porteurs de souffrances comme de bonheurs, ces liens peuvent donner naissance à des profils d’individus variés.

Les parents sont notre première école. Co-garants de notre fitra, ils nous lèguent leurs valeurs et leurs traumas. Leurs espoirs et leurs béquilles. On les aime et on leur en veut. Et même après leur mort, leur voix résonne encore dans nos têtes. C’est dire le bail à vie qu’ils ont. Après avoir pris notre indépendance par un erasmus, un mariage ou un appart, notre relation à eux porte les stigmates du passé.

Certaines ressentent le besoin d’appeler leur mère chaque jour, de lui rendre visite chaque samedi.
« Maman, tu penses quoi de ces rideaux ? Karim a un congé, plutôt Malaisie ou Irlande ? »

D’autres ont migré au Kazakhstan pour éviter le moindre contact.
« Il faudrait que j’appelle mes géniteurs, ça fait trois mois là… »

Et entre les deux, on hésite. Car en armistice comme sur le champ de bataille, la bonne distance est difficile à maintenir et appliquer. Il y a beaucoup trop en jeu. Tant pour l’enfant que pour le parent. Les résignés -en réalité, trop en souffrance- se diront que les choses ne changeront jamais. Le parent, quant à lui, ne quittera pas son trône de roi. Difficile de se rencontrer en ces termes…

On peut donc aisément comprendre que la plupart des relations parents/enfants soient superficielles. Le beau temps, la scolarité des enfants, le plombier qui nous a dépouillé de 300€ pour une douche HS… Pourtant, une relation saine exige une authenticité. Parler de nos sentiments -positifs ou négatifs-, évoquer nos blessures, ce que nous sommes vraiment, dire haut et fort ce que l’on reproche à nos parents ne se fait pas. Ou trop rarement. L’expression même de l’amour est limitée.

Alors on prend le pli, depuis tout petit.
Pour servir les besoins des parents.

Les règles étant posées par eux, on comprendra très vite que notre colère n’est pas la bienvenue. Que notre père ne sait pas accueillir nos émotions alors on les gardera pour soi. On verra, après avoir évoqué un conflit de cour de récré, que l’angoisse que notre mère manifeste n’est pas la réponse attendue et celle-ci fera taire nos besoins de soutien. Alors ça aussi, on le gardera pour soi.

Les années passent et les fossés se creusent.

« Maman, je n’ai plus 12 ans »
Ah, cette fameuse réplique… On en sourit mais qui sert-elle, en réalité ? L’enfant qui manifeste un besoin ou le parent qui ne peut l’entendre car il ne se sent utile qu’en voyant son fils comme l’éternel garçon de 12 ans ?

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Salâm Abi, Salâm Mama. On est docile, on fait ce qu’il faut… Ou tout le contraire. En révolte totale, on n’acceptera pas cette image lisse qu’ils essayent de faire passer au monde. Tous des acteurs ratés ! Et sur cette toile à deux couleurs, d’autres bricoleront.

Les prédicateurs assènent le pardon imminent comme solution et nourrissent –sans le savoir, sans doute– le pharaonisme des parents.

Les enfants, même adultes, sont pris de court.
Coincés dans un cul de sac.
Face à un choix binaire : Allâh ou ta colère ?
Sérieusement ? Oui, sérieusement.
Bon.. Si c’est ainsi.

« Tu sais, je l’aime. Je sais que c’est ma mère et qu’elle a toujours tout fait pour moi. Elle me le répète à chaque fois. Mais je lui en veux de m’avoir fait du mal. »

On refuse aux enfants de parler de leur colère. On pense, trop naïvement, qu’en la reléguant au sous-sol, elle finira pas s’éteindre… Dommage pour les chimistes relationnels mais cela est impossible. Si elle est tue face aux parents, elle se retournera contre les petits-enfants ou contre les enfants eux-mêmes. « Rien ne se perd, tout se transforme« , disait Sheykh Lavoisier.

« Et puis, si je l’exprime, je risque de perdre le peu d’amour que j’ai eu… Je refuse et je m’incline ! »

En réalité, il n’est pas plus facile d’être l’enfant d’un père et d’une mère que d’être le père ou la mère d’un enfant. On ne choisit pas notre famille, nous disent-ils. Mais notre choix réside dans la relation qu’on décide d’avoir, de réparer, de réinvestir, de bricoler ou de fuir.

Le sujet est si vaste qu’il m’est personnellement impossible de livrer une recette magique à toutes les personnes en souffrance de leurs parents. 150 grammes de farine de châtaigne, du beurre bio, deux œufs de poules élevées en plein air et une pincée de poudre d’amande ne donneront rien, aussi healthy que soit votre intention.

Le lien de parenté établit entre un parent et son enfant est celui pour lequel Allâh s’est longtemps adressé à nous au travers de Son livre et de Ses messagers. Il est ce lien qui nous met à l’épreuve tout au long de notre vie. Au travers de lui, nous nous construisons et nous établissons les bases de la relation à nos propres enfants.

Mais nous souffrons aussi. L’être humain aspire à la facilité quand il est soumis à une quelconque souffrance. Il cherche la porte de sortie, la lumière au bout du couloir. Or, c’est cette même souffrance qui éduque et nous pousse à révéler les outils qu’Allâh a mis en nous pour nous en sortir.

À toutes les personnes qui souffrent d’une relation conflictuelle avec leurs parents, qui m’ont adressé des messages ou se sont adressés à d’autres en quête de solutions, je dirais simplement ceci :

Le simple fait que vous soyez en quête d’un mieux-être est signe d’une fitra saine. C’est la première étape d’une longue épopée et elle comporte une ni’ma divine. Les abus de pouvoir, les dévalorisations incessantes, les coups, les abus sexuels, les projections, les frustrations et les blessures diverses peuvent être des obstacles dans la vie, immobiliser un être à avancer mais ces états de faits ne le condamnent pas ad vitam æternam.

Ce qui condamne un être dans sa chair, c’est cette impossibilité à les considérer comme des injustices à condamner et d’en exprimer les émotions liées. C’est de continuer à accorder un pardon inconditionnel à ses parents sous prétexte qu’ils aient ce titre. Ils restent humains, porteurs d’erreurs. Et s’ils ont des droits c’est à la hauteur de leurs devoirs envers leur progéniture.

Le musulman est celui qui ne craint pas la Vérité même si elle va à l’encontre de sa propre personne. Pourquoi en serait-il autrement au sein de son propre foyer ? Aimer réellement ses parents en Allâh, c’est les aider dans leur mission envers nous.

Comment faire ? En ayant le courage qu’ils n’ont pas eu. D’abord pour soi, ensuite pour toutes les personnes autour de nous qui pourraient en bénéficier. Ce courage n’est pas donné à tout le monde et les invocations doivent nous accompagner dans cette quête d’élévation.

Comment faire bis ? En regardant nos blessures, en se confrontant à elles. En posant les constats de nos réalités. En cessant de les protéger de leurs propres maux. En comprenant l’histoire familiale. En constatant les faits qui se répètent et en brisant leur chaîne. En cherchant pourquoi nos parents agissent ainsi envers nous. Et par cette recherche, comprendre que leur comportement envers nous n’était que l’expression de leurs traumas intérieurs et non pas car nous sommes indignes d’amour, de valorisation ou de respect.

Brièvement et fraternellement,

Saadia.

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3 réflexions sur “Un message à ceux qui souffrent de leurs parents.

  1. Salam alikoum
    Je voulais ma sœur te remercier pour ce superbe article on a trop tendance à dénigrer la souffrance des enfants et on parle toujours du respect des parents un tel article permet aux gens de comprendre que l amour et la bienveillance des parents n’est pas acquis tous ne l ont pas et ont dû se forger malgré ce manque avec tout ce que cela implique dans le comportement

    Aimé par 1 personne

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