Cette communauté qui refuse de se regarder.


#.

Les coups pleuvent par temps sec.

Des cris, des larmes, une chanson entendue mille fois par les voisins. Des voisins bien muets puisqu’à chacun sa cuisine interne. On s’indignera devant TF1, c’est bien assez. L’alcool ou le plat trop salé donnent le ton aux violons. Do ré mi fa sol, l’ogre arrive dans ses gros sabots. La mère, les fils et les filles y passent… Ferme-là, tu me dois obéissance ! J’ai autorité sur toi, c’est écrit noir sur blanc. Tu ne lis donc pas ?

Au début, on lutte par la voix puis le corps cède. Le goût du sang qui emplit la bouche et qu’on hésite à avaler. Le corps convulse de douleur, paralysé par la violence des assauts. On résiste car on craint de se résigner à la douleur en goûtant son pus… C’est le mental, le dernier mujahid ! Piètre chevalier qui fera tenir debout ce corps meurtri. Il pourra alors trainer ses stigmates ou cacher tout ça sous le plancher. Là, tout doux. Ne fais pas de bruit. Laisse mon esprit s’élever. On touchera les sommets en sacrifiant sa peine. Auto-survie ou négligence ? Peu importe… Qui regarde ?

Les mains des Pères dans les culottes. Ces mêmes culottes scannées par les mères à la recherche éventuelle de sang. On commence par l’ainée, on finit par la cadette. Tic tac tic tac… Il n’y a que le temps qui passe, tout le reste demeure. Ces corps d’enfants qui excitent ceux des grands.

Comment ça, des témoins ? On sait mais on ne fait rien. On sait mais on évite le pire ! Le pire, c’est ce que les gens voient. Ou pourraient voir. Le ground zero de l’état d’urgence. Ça, on n’est pas capable de l’accepter. C’est trop dur, tu comprends. Mais tout ce reste pétris par l’injustice, on le cachera. Sous le tapis, vite fait bien fait ! Chuuuut, il ne faut pas que le tabou les voie ! La hchouma pour qiblâ. Mais peu importe…

Et puis, il y a ces femmes. Bonnes mères, gentilles épouses, dociles… Bnet ness comme on en fait plus. Un petit éclat de colère pour faire réel mais rien de bien méchant, aucune vague. Rien d’excitant. Les années passent, les rouages s’agencent et coincent parfois. Frustrations, incompréhensions, la place est laissée à la routine. On consomme, on pond et on recommence.

Puis… Trahies, ces petits bouts de femmes ! Messages facebook découverts, soupçons trop lourds pour ne plus voir l’évidence, historique de naviguation pleine de pornographie. Quoi ? Comment peut-il me faire ça, moi qui pensais le combler ? Tellement dociles qu’elles ne sentent plus rien ! Comment ça, il s’est marié en cachette ? Ah, quelle est belle la polygamie des âmes flinguées par leur libido !

salle_theatre

Alors, on vient en parler à des psys. Des thérapeutes, des coachs, des gens qui s’occupent des machakils des leurs.

« Hier, je me suis disputée avec mon mari ». Bla-bla-bla, je me vide, je chiale puis je disparais. Je n’ai pas appris à m’inscrire sur du long terme. Chez moi, c’est hchouma de parler de soi. Catharsis puis volatilisation. Envolé, l’oiseau blessé ! Il continuera son périple avec quelques plumes en moins… Peu importe, qui s’en soucie ?

Et dans cet amas de déséquilibres grandissent des enfants. Petits bouts d’innocence deviendront grands. Ils serviront les manques des mères. En eux, elles se verront exister, enfin reconnues, enfin admirées, enfin leurs besoins rassasiés. Viens, mon enfant j’ai besoin d’affection… Va au coin, tu m’ennuies ! À présent, c’est moi le chef. Cesse de pleurer, d’être en colère, de me contredire ! Cache ces émotions que je ne saurais voir !

Facile, 9 mois d’attente pour un service à vie… Des assurances peu coûteuses, finalement. L’enfant grandit et prend ses distances. On ne comprends pas… Le paradis est sous mes pieds, mets-toi à genoux ! Des mères qui avaient tellement caché leur souffrance qu’elles ont fini par penser qu’elle n’était plus là.

« Madame la thérapeute, mon fils ne m’obéit plus. Mes désirs pharaoniques ne sont plus satisfaits.
Je ne comprends pas, il a fait une fugue. Il a tellement changé, je le vois encore dans son berceau… »

Bienvenue dans la réalité, ma p’tite dame !
Mais peu importe, vous ne daignez pas voir…

Alif, lâm, mim. Tes sourates, tu apprendras. Sans explication, tu la fermeras. Sans les paroles, par les coups tu comprendras. Mes frustrations de dominant, j’exalterais sur toi. Les années passent et la ceinture ne suffit plus. Comment ça, tu ne marches plus droit ? Possédée, fille de shaytan, quelle est cette tenue ! On ne t’a jamais expliqué mais on exige que tu comprennes tout ! Bannie, baignée dans la honte, tu me dégoûtes ! On s’en fiche de tes cris de détresse, tes feux rouges, tes appels à l’aide ! Tu resteras l’égarée de la famille, celle qui n’a pas su prendre le meilleur du pire ! Peu importe l’empathie, tu n’es plus des nôtres…

J’aurais aimé que ce soit tout, qu’on puisse passer à la caisse.

Hélas, pauvre public !

Je ne suis qu’aux prémices et j’ai déjà l’impression d’en avoir trop vu !

Quelle est cette communauté qui laisse ses membres se gangréner ? Quel est cet amas d’individus qui préfèrent fermer les yeux, qui préfèrent l’inacceptable à la libération, précédée d’efforts, promise par Allâh ? Qui êtes-vous, prédicateurs au savoir certain mais à la langue sèche quand il s’agit des réalités les plus sombres ? Qui êtes-vous, bazookas de harams frénétiques à la moindre manifestation de différence ? Que prétendez-vous cacher sous vos étiquettes, votre rigidité pathologique ? Qui êtes vous, complices des pires crimes ? Qui êtes vous, parents-pharaons ? Que reste-t-il d’islamique dans vos comportements ?

Mais peu importe les questions, personne ne se risque à y répondre !

Alors trêve de blabla, ils arrivent ces lucides qu’on disait fous ! Une armée aux rangs désorganisés mais aux ambitions battant à l’unisson. Des soldats à l’empathie inconditionnelle pour armure. Un grand coup dans la fourmilière car il n’y a que ça qui retient votre attention ! Du choc, du gore, des enfants aux vagins et anus défoncés, des récits de vie faits de traumas grandeur nature !

Le côté dark des effluves de musc !

Vos désirs vampiriques auront raison de la réalité !

Préparez vos clics, vos commentaires lancinants !

Prépare-toi, communauté qui refuse de se regarder !

Saadia.

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9 réflexions sur “Cette communauté qui refuse de se regarder.

  1. Salam aleykoum, allahuma berek ! bsartek comme on dit ! sincèrement tu me skotch parceque tu ose là où les autres se taisent, la hchouma comme tu dis. un jours j’avait écrit un texte dénoncant des comportements de la communauté, on m’a dit :  » non mais oukhty ce n’est pas bien, oui c’est vrai ce que tu dis mais ça pourrait donner une mauvaise image de nous !  » ahhh parceque laisser faire sans rien dire, fermer les yeux et enterrer sa tête dans le sable ça fait bien ???

    merci à toi et puisse allah t’en accorder tout le bien amine

    Aimé par 2 people

  2. salam aleikoum. ce texte est tres fort, percutant. il tape precisement là ou ça fait mal. il faut oser dénoncer les vices, et les comportements si honteux de certains qui se veulent donneur de leçon au quotidien. Qu’Allah nous permette de nous améliorer jour après jour, et d’aller vers une vraie et sincère introspection

    Aimé par 1 personne

  3. Salam!
    En même temps quant tu « vois » certaines expression en darija, tu comprends qu’il y a du boulot. C’est jamais notre faute :
    – Mcha 3liya traine : littéralement Le train est parti sur moi…c’est pas moi qui me suis levée en retard, qui ait raté le train…
    – Darbny lberde : Le froid m’a tapé, je ne suis pas sortie les cheveux mouillés un matin d’hiver
    Désolée si j’écris pas tiptopla classe la france! Je decouvre ton blog et je suis déja fan

    J’ai écouté une vidéo ( oui c’est pas très logique) où il était question de l’Islam authetique. La personne racontait une anecdote sur la décadence de l’Islam. Un écrivain français avait sorti un livre pour parler où plutôt critiquer l’Islam, surtout la chute de la gloire musulmane. Un imam lui a répondu en écrivant un livre pour expliquer les vraies raisons de cette chute. Le titre résume tout : Matérialisme.

    Aimé par 1 personne

  4. Triste et choquant. Ce sont les deux mots qui me viennent à l’esprit. Triste de vivre malheureux en feignant de ne pas l’être pour le regard des autres. Choquante est la manière dont tu retranscris ces réalités. Je comprend, il faut parfois l’être pour marquer les esprits.

    La oummah semble résignée et sans réponse face à ces situations. L’éducation sous le couvert de la confiance en Allah. Une partie de la solution maybe ?!

    Qu’Allah t’ajoute ce blog dans la balance de tes bonnes actions et nous accorde la réussite!

    Aimé par 1 personne

  5. Salam Aleykoum !
    Je viens de découvrir ton blog..j’ai lu et j’aime j’aime j’aime !!
    Tu écris les choses comme elles sont, comme il faut et pour la plupart comme je les ressens et que je n’ai jamais réussi a exprimer !
    Bravo, je te souhaite une bonne continuation remplie de critiques, des bonnes comme des mauvaises (ça aide à mieux avancer) ..au plaisir de te lire, de te relire encore et encore :-)

    Aimé par 1 personne

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