Aveux d’une hypocrite.


#.

Moins d’une quarantaine de jours. Soit la durée qui nous sépare d’une période bénie. A cet effet, la toile s’est parée de rappels sous diverses formes. De l’image aux articles : 40 jours. J’ai vu la hâte, j’ai vu la joie. Et je comprends pourquoi. Cela doit bien faire près de 9 ans que je jeûne durant le mois de ramadhâne. Même pas un chiffre rond. Je l’ai vécu en hiver, je l’ai vécu en été. Je me rappelle mes petits camarades blondinets plus que choqués :

– « Haaaaaan, comment je pourrais pas ! Mais comment tu gères ? Ça te fait rien si je mange mon sandwich devant toi ? »
– « Bah à ta place, j’ferais gaffe. Des fois que je me désintègre à cause de ton jambon-fromage…« 

Des souvenirs qui laissent tout sourire. Cette bienveillance de peur de heurter l’autre. Ça n’arrive pas souvent…

Certains sont joyeux, donc. D’autres appréhendent, leurs plans au soleil désormais compromis. Je suis, pour ma part, entre la joie d’accueillir ces moments bénéfiques pour ma Foi et l’amertume de mes réflexions récentes.

La magie du net fait qu’on se retrouve parfois face à la vie de personnes qu’on a plus fréquenté depuis mille ans. On les avait laissé plein de taqwâ, dans les mots comme dans les actes. Et on les retrouve sans les actes… Ni les mots. Les cœurs étant scellés à la connaissance humaine, je n’ai aucune indication là-dessus. Mais qu’importe.

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine. *

Que peut-il bien se dérouler dans la vie de ces gens qui passent d’une rigueur spirituelle à un laxisme sans nom ?

Comment peuvent-ils aujourd’hui tolérer, que dis-je, pratiquer ce contre quoi ils prêchaient hier ?

Est-ce un revirement ? ‘Juste‘ une baisse de Foi ? Un manque de sincérité ? Leur destin ?

A défaut de comprendre ou de pouvoir les interpeller pour en savoir plus, cette question me renvoie à ma réalité. La seule qui importe, au final :

Que peut-il bien se passer dans ma vie, dans mon environnement et dans mon esprit pour que je fasse des compromis à m’en gâcher l’âme ?

En tant que femme, après le mois de jeûne, on a toujours quelques jours à rattraper pour clôturer notre mois. Ma mère, qu’Allâh lui accorde le plus haut degré du Paradis, m’a appris à m’en acquitter dès la fête passée. Une rigueur face à laquelle j’ai manifesté un excès de zèle, ces deux dernières années. Je n’étale pas cette négligence pour faire la promotion de mes fautes mais bien pour questionner les faits :

Est-ce l’une des portes ouvertes à un éventuel revirement, moi aussi ? Est-ce la manifestation d’une baisse de Foi ? D’un manque de sincérité ? Du premier glissement d’une longue série ?

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos tâches. *

Que dire de toutes les autres petites choses que je ne fais parfois qu’à moitié, pour lesquelles je me permets un grand écart entre le licite et l’illicite ? Autant de jeux de jambes qui me vaudront peut-être ma perte ? Et mes repentirs qui manquent de fréquence ? Ma langue qui fourche sous l’effet de la colère ou l’agacement ? Mes actions pies touchées par la procrastination ? Mon tawhid peut-être tâché de shirk sans que ma conscience ne le sache ?

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Je suis entre l’angoisse et l’espoir.

Quelle garantie ai-je ?
Puis-je vraiment faire confiance à mon âme ?
Encore pire, à mon cœur ?

Qui suis-je, sinon une hypocrite ?

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent.
Aux objets répugnants nous trouvons des appâts;
Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. *

Où puis-je m’isoler, à attendre l’Heure ? Puis-je seulement fuir ? Baisser ma garde une seconde ? Me reposer sans que mes actions ne soient gâchées ?

Al-Hassan Al-Basrî, rahimahuLlah, disait :

« Les cœurs doivent leur corruption a six choses :

• Ils commettent des péchés en espérant le repentir,
• Ils apprennent la science mais ne l’appliquent pas,
• Quand ils œuvrent ils ne sont pas sincères,
• Ils consomment la subsistance qu’Allah leur prodigue mais ils ne Le remercient pas,
• Ils ne sont jamais satisfaits de la façon dont Allah répartit Ses bienfaits,
• et ils enterrent leur morts sans que cela ne suscite chez eux la moindre réflexion. »

Ibn Hajar Al-‘Asqalânî dans « Al-Isti’dâd yawm al-ma’âd ».

Mais *Baudelaire, même si sa plume me séduit, ne m’aidera en rien dans ce questionnement…

L’Envoyé de Dieu, ‘alayhi salât wa salâmuLlâh, nous a raconté ce qui suit :

« Certes, chacun de vous, lorsqu’il est créé dans le sein de sa mère est d’abord pendant quarante jours une gouttelette, puis devient du sang coagulé pendant une semblable durée de temps, puis enfin durant un même laps de temps, devient comme une bouchée de chair, là-dessus, l’ange lui est envoyé, qui insuffle l’âme, et il est ordonné à celui-ci d’accomplir quatre commandements, à savoir d’inscrire: les moyens de vivre (du nouvel être), le terme de son existence, ses actions, enfin, son infortune, ou son bonheur futur.

Par Allâh, en dehors de Qui il n’est pas d`autre Divinité, certes, chacun de vous aurait beau œuvrer comme l’ont fait ceux destinés au Paradis, en sorte qu’il s’en approcherait à la distance d’une coudée, alors ce qui a été écrit pour lui prévaudrait, et donc il accomplirait (quand même) les actions des damnés, et il entrerait en Enfer. Et certes, chacun de vous aurait beau œuvrer comme les damnés, au point de s’approcher de l’Enfer à la distance d’une coudée, alors ce qui a été écrit pour lui prévaudrait, en sorte qu’il accomplirait les actions des élus et qu’il entrerait (quand même) au Paradis. »

Boukhari & Muslim.

Rester sur mes gardes
Ou par mégarde,
Je pourrais m’égarer
Tandis qu’Azraîl, l’oeil alerte, sur moi garde

S.

Edit du 9 juin : Dans cette Voie parfaite qu’est l’Islam, une invocation est plus qu’adéquate suite à ces aveux :

« Ô Toi qui retourne les cœurs et les regards, raffermi mon cœur dans Ta religion. »
« Ya muqaliba al-Qulub thabit Qalbî 3ala dînik »
يا مقلب القلوب ثبت قلبي على دينك

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9 réflexions sur “Aveux d’une hypocrite.

  1. Salaam alaykum hermanita,
    Ton nouveau post fait écho a mon âme, quelques heures plus tôt dans les ténèbres de la nuit, entre deux prières, j’ai écris ces quelques lignes que je partage avec toi.

    « Seule. Noyée dans les ténèbres de mon être, j’absorbe les démons de l’environnement qui m’entoure. Non, je ne rejette pas à l’autre ma responsabilité, et je ne serais pas de ceux qui clament que « l’enfer c’est les autres. » La responsabilité est mienne, toute entière. Coupable, seule, je suis. Je ne suis qu’un fruit amer parmi tant d’autres. A vrai dire c’est le monde d’aujourd’hui. Tenter de s’extirper de cette cadence humaine qui baigne dans la décadence relève du parcours du combattant. Tout est compromis. Rien est complètement sincère. Tout le monde est assujetti, bercée par l’influence de cette décadence qui éloigne du Tout Puissant. Pas après pas, c’est l’enfer qui approche. J’aimerai pouvoir dire que la foi m’a sauvé, que la foi m’a préservé, mais je ne suis en réalité qu’une âme déchirée, blessée, torturée de l’intérieur, assujéti comme tout ces autres, de nombreuses fois j’ai compromis ma douce foi. Tous ces maux du passé, du présent, cette crainte du futur, la conjugaison d’une fatigue spirituelle, une fatigue intellectuelle.

    J’aimerai crier à Dieu le mal qui ronge ma poitrine, pourquoi O mon Dieu , pourquoi l’Homme a t-Il accepter le dépôt ? Qu’est ce que cette vie… Mon Dieu sauvez-nous.

    Je suis épuisée, je suis restée trop longtemps assoiffée, éloignée de la Source, je n’ai trouvé ou m’abreuver. La Source divine est l’unique point d’eau qui implique de vivre réellement. Je traverse cette vie comparable a un désert, les cœurs sont pauvres d’aspiration a la vérité, noyés… Cette interminable décadence… Pitié… »

    Je prie Dieu qu’Il nous accorde généreusement Ramadan, qu’il est malheureux celui qui en est privé…. Puisse Allah nous accorder vie et nous combler du maître des mois. Puisse Allah nous libérer de cette hypocrisie qui nous guète tous, qui peut être nous touche déjà tous…
    Fraternellement,
    Hayet

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    • Salâm…

      Comme j’aime ces échanges. C’est une des raisons de rendre mes écrits publics : les voir faire écho et trouver mes ‘réponses’ au travers d’autres vécus.

      Tu as écris ce que je n’ai pas mis en mots. Allahy berek feek, c’est exactement ça ! Malgré tout, il faut rester optimistes, je n’arrive pas à me résoudre à autre chose, au nom de cette même Foi !

      Au plaisir de partager les maux qui nous touchent par nos mots, sister : )

      Ameen à ton invocation.

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  2. Salam aleykoum,

    Mach’Allah oukhty,, je me suis reconnue dans tes écris, tu as su décrire ce que je ressens et que je n’arrive pas à nommer, j’en ai les larmes aux yeux, qu’Allah raffermisse notre foi, amine

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