La rencontre des temps.


#.

C’était une de ces après-midis où j’étais prise par le flot des mots, il me fallait la grenade lyricale à dégoupiller dans la tranchée adverse, histoire de flinguer l’arsenal ennemi.

Le respect comme ring, la Vérité comme trophée.

Pas que j’en fasse un sport ou que j’opte pour la douche froide coûte que coûte mais quand la missive vocale se mêle aux battements du cœur, il m’est trop difficile de tempérer le déluge mental. Pas le temps d’emballer mes mots, je me devais d’anticiper les rafles concurrentes.

Les sujets s’enchaînaient les uns à la suite des autres, sans l’ombre d’un malaise. Une escalade de répliques formant bientôt le mont du débat ambiant.

La jeunesse nous pousse à tout aborder, tout maîtriser. Son sac à dos plein d’opinions sur les épaules et sa hardiesse en guise de boussole.

Ginger-Lucero-Silence

C’était donc une de ces après-midis où les décibels des voix entremêlées venaient fendre le silence de ce qu’on aime appeler beytuLlâh, une des « maisons de l’Unique », en plein coeur de Bruxelles. Quand cet espace reconquiert une de ses sphères initiales, la place est laissée à l’entre-connaissance des générations, la rencontre des temps.

Elle se recueillait depuis de longues minutes un peu plus loin, silencieuse, se rapprochant à chaque fois plus pour tendre une oreille, puis deux… Je ne l’avais même pas remarquée, tellement prise par la passion des mots… Jusqu’à ce qu’on entende sa petite voix nous adresser un modeste : « Je peux ?  » faisant taire poliment l’écoulement des débits. Elle pris place parmi nous, hochant la tête quand son cœur adhérait, un air perplexe sur le visage quand les termes la dépassait.

Elle avait la patience des femmes que l’âge a fait murir.

Parée de la beauté sage, elle finit par intervenir :

« De mon temps, on vivait de l’Essentiel, on ne se posait pas autant de questions. Mon père a planté dans nos cœurs les graines de la simplicité : 5 piliers, ceux de l’islam. Le respect sur les lèvres et la crainte dans le cœur. »

Elle me parlait de temps révolus que je n’ai connu que dans la bouche de mes ancêtres. Ses yeux traduisaient la beauté du temps. Ils me livraient le goût d’une époque ou les gens vivaient de l’Essentiel.

Je me disais, tout doucement :

« Ne plus me poser de questions ? Moi ? Really ? »

J’avais habitué mon esprit à repérer les écueils de tout ce qui se présentait a lui. Par réflexe, j’ai voulu rétorquer à ce qui me semblait être erreur. Encore enivrée par le duel passé. Mais on m’avait appris à respecter mes aînés et le silence me gagna, malgré ma témérité.

Où voulait-elle en venir ? J’aspirais à tout réformer quand on me demandait de me contenter de la simplicité. Se moquait-on de moi ?

Elle me regardait droit dans les yeux. Je n’étais pas seule portant, elle aurait pu en fixer d’autres mais c’est mon regard qu’elle retenait par le sien. Comme pour me convaincre de répondre à son appel au calme…

« Quand je sors voilée, je sors Fière de ma Voie, ne crois pas qu’ils t’ont enlevé ta valeur benti, ils la savent haute et redoublent d’efforts pour la bafouer, sois Fière benti, Allâhy berek fik ! »

Elle ne voulait plus plaire.
Elle s’était débarrassée des affres du physique.
Elle a eu le temps de courir après la reconnaissance, après tout ce qui fane. Qui, tôt ou tard, finit par nous filer entre les doigts. Elle ne rêvait pas de grandeurs, sa folie était désormais humilité.

Cette rencontre ne fut pas celle qui changea ma vie.
Ce ne fut pas celle non plus qui lui donna un nouveau départ.
Je la voyais comme ce rappel par météo mouvementée, cette pause durant la course au dernier mot. Cette averse glaciale quand la chamade au cœur brûle mes tempes. Cette fameuse fièvre qui me laisse toujours un peu plus amère et blasée.

« Nous avons effectivement créé l’homme et Nous savons ce que son âme lui suggère et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire. Quand les deux recueillants, assis à droite et à gauche, recueillent. Il ne prononce pas une parole sans avoir auprès de lui un observateur prêt à l’inscrire. »

Coran.

Comme quelques mots doucement murmurés :

« Ramène ton nafs au calme
Et isoles-toi.
Dans le silence des Hommes,
Recueilles-toi
»

S.

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