Ma lâcheté en confession.


#.

Journée ensoleillée.

Je me suis posée au parc avec un peu de lecture.

Ma petite sœur, de 15 ans ma cadette, joue dans le sable avec une enfant qu’elle a rencontré quelques minutes plus tôt.

L’enfance a du bon : il y a tout un tas de paramètres qui n’existent tout simplement pas. Une fillette qui en rencontre une autre, un peu de sable et le tour est joué : l’entre-connaissance se fait.

A mon âge, c’est différent.

Encore plus quand on est née avec un chromosome XXCompliquée devient l’épreuve. Voire beaucoup plus, en fait.

Excepté lorsqu’on est face à des femmes de Foi. Réelle et pure. Là, les vices tombent et les cœurs se connectent. Ça m’est arrivé quelques fois, j’en avais rêvé un temps. Une alchimie à la première rencontre, l’imâne qui brille dans les yeux.

Mon regard se tourne vers les petites.

Elles sont mignonnes avec leur aura d’innocence… Les enfants touchent toujours très vite mon cœur. Sûrement grâce à leur sincérité pétillante, que je retrouve peu chez leurs aîné(e)s.

Le sourire facile aux lèvres, je débute ma lecture. Un dossier psycho-scientifique sur la méditation : son origine, ses vertus, ses applications. Le genre de thème qui me motive.

Dans ma longue wishing-list mentale de S., super-wonder-woman, j’ai noté :

« Pratiquer la méditation pour avoir un khushû en béton armé. »

Pouvoir balayer toutes mes pensées parasites avec un takbir. Me plonger de toute ma conscience dans ces quelques minutes de dialogue avec al-Mâlik. Aspiration délicieuse et pour laquelle efforts et sincérité doivent être combinés.

Un groupe de filles est venu s’installer non loin de moi, troublant mon flux de pensées.

J’ai voulu leur sourire quand je les ai furtivement regardées mais ce sourire là n’est pas facile à dégainer. Malgré l’exhortation prophétique à son sujet, il y a toujours un même bug pour qu’il soit naturel et sincère à la fois. Histoire de ne pas passer pour une congestionnée du visage.

« On ne sourit et ne parle qu’aux gens qu’on connait« , « L’étranger est à suspecter« , « Méfies-toi de ce qui ne te ressemble pas« … Compliqué d’évincer ces formules clés de notre disque dur.

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Je les entends raconter leurs conquêtes : ça parle de gars, d’hôtels et de galipettes.

Déconcentrée dans ma lecture, je leur adresse un regard discret. On ne peut pas dire qu’elles aient tout fait pour qu’on ne les entende pas. Elles me donnent l’impression de vanter leurs trophées de chasse. Savent-elles seulement que leur butin de guerre est dérisoire ?

Elles sont trois. Je distingue deux maghrébines et une caucasienne. 13-14 ans peut-être ? Let’s be clémente, disons 15. J’ai beau être consciente de l’époque que l’on vit, à chaque confrontation, c’est pareil : toujours le même choc brutal. Dans ma tête, les interdits valsent dans un tourbillon fiévreux. Ne savent-elles pas ? Leur a-t-on dit ? Pourquoi agir de la sorte, quand même ?

Qu’est-ce que je découvrais à 15 ans ? L’anti-cerne ou le Sheraton ? A choisir, j’opterais pour le premier… Mais puis-je choisir ? Ai-je à choisir pour elles ? Ai-je vraiment choisi ?

J’ai envie d’aller leur parler mais pour leur dire quoi ? Je sais que je n’irais pas. C’est toujours pareil… A chaque fois, le même scénar’. Je ne saurais même pas par quoi commencer. Peur de blesser ou d’être incomprise, la communication n’a pas pour réputation d’être easy à vivre.

Dans la même wishing-list dont je parlais il y a quelques lignes, j’ai également noté :
« Avoir le pouvoir de l’art de la prédication. »

Ça me semblerait juste nickel de pouvoir cerner l’autre en quelques instants, savoir ce qu’il faut dire et comment le dire. Viser juste à chaque fois. Un jeu de jambes de tact. Toucher les cœurs en trois mots, encore une aspiration fantasmagorique.

Je me sens lâche.

Où sont mes beaux discours ? Où est la théorie apprise et récitée, que je pensais acquise pour toujours ? A quoi me sert-elle vraiment ? Qu’est-ce que la réforme si elle se borne à des idéaux lointains et irréalisables à mon échelle ? Dois-je me taire et ne rien risquer ? Ou parler et me frotter à l’échec ?

Ma lecture en était presque utopique. A force de vouloir s’élever en sujets complexes, on en oublie de toucher le sol. On prend l’ascenseur pour effleurer le sommet, sans calculer les étages en amont. On vole au dessus de la réalité, celle qui touche le commun des mortels, celle qui aurait pu me toucher à leur âge ou qui touchera peut-être ma petite protégée, quand le sable ne l’intéressera plus.

Je prie pour qu’Allâh l’en préserve… Qu’Il préserve toutes les princesses aspirant à devenir reines… Finalement déchues, au pays des fous.

Je me contenterais d’une invocation en mon for intérieur :

« Yâ Allâh, montres-leur la voie. Mets sur leur chemin des gens de bien. Accueilles-les parmi Tes rapprochées. »

Je n’ai plus envie de rester dans cette ambiance de lâcheté, je préfère rentrer. J’appelle ma sœur et la convaincs de quitter son monde imaginaire, où le sable est mouvant et qu’elle doit s’extirper de cette masse avant qu’il ne soit trop tard.

Sur elle, je pourrais agir, je saurais quoi dire.
J’aurais les mots, ils trouveront écho en elle.
Finalement, c’est par là que ça commence.
Nulle part ailleurs.

In shâ’a Llâh.

S.

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7 réflexions sur “Ma lâcheté en confession.

  1. BismiLlah,

    Tous ces livres en fond,
    Tapisseraient bien ma tombe;
    Et tapissent ma vie d’ombres,
    Quand le Quran l’élargit,
    Et fait de ma tombe, une porte sur la Vie que je n’attends;
    Et n’espère que de Lui.

    35.4. Et s’ils te traitent de menteur, certes on a traité de menteurs des Messagers avant toi. Vers Allah cependant, tout est ramené.
    5. Ô hommes! La promesse d’Allah est vérité. Ne laissez pas la vie présente vous tromper,

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  2. As-salamou aleyki wa rahmatullah.
    J’aime beaucoup ton récit. Honnêtement, je pense que, toi comme moi ne sommes pas les seules dans ce cas. Qu’Allah nous assiste dans le prêche, amine!

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  3. salam alekoum, masha Allah pour ce beau texte empreint de sincerite, j’ai cru revivre une situation similaire a laquelle j’ai ete confrontee il y a peu, en entendant leurs propos, quel choc, je me sentais en decalage total et meme discours interieur pour aller leur parler mais que dire, comment leur dire sans les froisser et j’ai fini par une invocation dans mon for interieur avec ce gout amer de lachete….

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  4. Dali

    Salam aleykum wa rahmatuLlah S,huhuhu,

    On est beaucoup à être passée par là et à passer par là encore : vouloir en réveiller plus d’un , en avoir même le cœur qui bat la chamade à l’idée de pouvoir créer un sursaut d’orgueil spirituel ou moral chez l’autre juste avec une parole….
    Et pour finir no, on reste béate bouche close…

    (Contente de te lire à nouveau :)

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    • wa’aleyki salâm ma Dali ♥

      Le cœur qui bat… Pareil de mon côté. Je n’ai pas encore testé l’approche « be sincere » et dire concrètement que ‘j’aimerais leur dire que l’autre fait fausse route mais que je ne sais pas par où commencer’. A tester !

      Contente de te voir active à nouveau : )

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