Entre la science et l’acte.


#.

Que la paix d’Allâh soit sur toi, étranger.

Je n’ai pas pour tic convulsif d’opérer par (trop) simple copier-coller mais parfois, certains mots se passent des miens et avec cette première phrase, j’ai déjà l’impression d’en faire trop.

Entre la science et l’acte, donc.
Et je te conseille d’aller jusqu’au bout, en espérant que tu t’y lises comme je m’y suis lue.

« J’ai dit un jour au cours d’une de mes assises :

« Si les montagnes avaient dû supporter ce que j’ai supporté, elles en auraient été incapables. »

En revenant chez moi, mon âme me dit :

« Comment as-tu pu dire cela ? Les gens vont peut-être s’imaginer que tu souffres alors que tu es préservé en ta personne et ta famille. As-tu supporté autre chose que l’imposition religieuse qui pèse sur toutes les créatures ? Alors pourquoi cette plainte ? »

Je lui répondis : Comme je peinais sous le poids de ce que j’avais à supporter, j’ai prononcé ces mots, non pour me plaindre, mais pour me soulager. Et nombre des compagnons et de leurs successeurs ont dit avant moi : « Ah ! Si seulement nous n’avions pas été créés ! » Ceci en raison de la peine à supporter certaines choses. Ensuite, celui qui se figure que les impositions religieuses (at-Taklîf) sont faciles ne les connait pas. Comment peut-on s’imaginer qu’elles consistent à laver les membres avec une livre d’eau ou de se rendre en un lieu de prière pour accomplir deux unités de prière ? Allons donc ! Ce sont là les plus simples des impositions religieuses.

La plus grande imposition religieuse est justement ce devant quoi les montagnes sont impuissantes ! Parmi ceci est que je vois le destin s’abattre d’une manière qui déroute ma raison et que je la force pourtant à se soumettre à la prédestination, et cela compte parmi les plus difficiles des impositions religieuses ; surtout ce dont la raison ne comprend pas le sens, comme la souffrance des enfants et le sacrifice des animaux.

Tout en croyant que celui qui le prédestine et l’ordonne est le plus Miséricordieux des miséricordieux. Voilà ce en quoi la raison se perd, et son imposition est, ici, de se soumettre et de délaisser toute objection.

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Alors, comment comparer l’imposition religieuse qui pèse sur le corps et celle qui pèse sur la raison ?

Si j’avais commenté cela, c’eût été long, toutefois, je vais justifier ce que j’ai dit. C’est de moi que je vais parler et l’état des autres ne m’y oblige pas : je suis un homme à qui, dès l’enfance, on a fait aimer la science et qui s’y est entièrement consacré, et pas uniquement à une des branches de la science, mais toutes. Mon ambition ne se limite pas, dans une branche, à une partie de celle-ci, mais je cherche à l’examiner en profondeur.

Cependant le temps ne le permet pas, la vie est trop courte, l’ambition trop grande, l’impuissance apparaît vite et certains désirs insatisfaits se transforment en déceptions !

Ensuite la science m’a amené à la connaissance de l’Être adoré et m’a incité à L’adorer. Les preuves de Son existence m’ont appelé à Lui, je me suis tenu devant Lui, je L’ai vu tel qu’Il s’est décrit, et je L’ai reconnu à Ses attributs. Mon regard a contemplé de Ses grâces et cela m’a amené à rechercher éperdument Son amour et m’a pousser à me libérer de tout pour me consacrer à Son adoration.

Une flamme s’empare de moi chaque fois que je Le mentionne, et mon isolement pour L’adorer est, pour moi, la plus douce des choses.

Chaque fois que je veux cesser mes occupations pour m’isoler, la science me crie :

« Où vas-tu ? Te détournes-tu de moi qui suis celle qui te L’a fait connaître ? »

Je lui réponds : Tu n’es qu’un guide, et quand on est parvenu à l’objectif, on peut se passer de guide !

Elle me dit :

« Allons donc ! Plus ta science augmente, plus la connaissance que tu as de ton Être aimé grandit, et mieux tu comprends comment t’en rapprocher. La preuve en est que tu sauras, demain, que tu es aujourd’hui dans l’imperfection. Ne l’as-tu pas entendu dire à Son Prophète, ‘aleyhi salât wa salâm :

« Et dis : Ô Seigneur, accrois ma science ! »

Ne veux-tu pas te rapprocher de Lui ? Consacre toi à guider Ses serviteurs vers Lui, c’est la condition des prophètes, qu’Allah les couvre d’éloges et les salue. Ne sais-tu pas qu’ils ont préféré l’enseignement aux hommes à l’isolement pour l’adoration, car ils savaient que c’est ce que préfère leur Être aimé ? Le Messager, ‘aleyhi salât wa salâm, n,’a-t-il pas dit à ‘Ali, radhiAllâhu ‘anh : « Qu’Allah guide à travers toi un seul homme est meilleur pour toi que de posséder des chamelles rousses. »

Lorsque j’eus compris la véracité de ces paroles, j’ai persévéré ainsi : chaque fois que je m’appliquais à rassembler les hommes, mon esprit se dispersait. Lorsque je parvenais à leur être utile, moi je faiblissais, et je demeurais hésitant dans le désarroi, ne sachant sur quel pied m’appuyer.

Lorsque je me suis arrêté, désemparé, la science m’a crié :

« Vas donc gagner la subsistance de ta famille, et persévère afin d’avoir un enfant qui mentionne Allah ! »

Lorsque je m’y suis attelé, les mamelles du monde s’étaient rétractées au moment de la traite, et j’ai vu la porte de la subsistance fermée devant moi, car l’exercice de la science m’avait empêché d’apprendre une profession. Lorsque je me suis retourné vers les hommes de ce monde, j’ai vu qu’ils ne vendaient leurs marchandises qu’au prix de la religion de l’acheteur.

Malheur à celui qui se montre hypocrite envers eux ou les trompe pour parvenir à une part de leurs biens ! Pire encore, il peut perdre sa religion sans parvenir à son but !

Quand la lassitude disait :

« Sauve-toi ! »,

la Législation me criait :

« Suffit comme péché d’abandonner ceux qui sont à sa charge. »

Et si la détermination me disait :

« Isole toi ! »,

la Législation me répondait :

« Et que feras-tu de ceux qui sont à ta charge ? »

Le résultat fut que j’ai diminué ma part des biens de ce monde alors que j’ai été élevé dans ses délices et que j’ai été nourri de son lait, et la délicatesse de mon organisme était plus grande encore que celle qui lui venait de l’habitude. En changeant de vêtements et en ayant une nourriture plus fruste – car la subsistance ne tolère aucun plaisir – ma nature fuit car l’habitude était rompue.

La maladie survint, m’empêcha d’accomplir mes obligations et me fit tomber dans les difficultés. On sait que le pain frais que l’on mange aussitôt qu’on l’achète est agréable, mais que le manger rassis, pour qui n’y est pas habitué, est une agression contre l’âme.

Je me suis dit : Comment agir ? Que faire ? En me retirant dans la solitude, et en versant des larmes abondantes sur la bassesse de ma condition.

Je me suis dit : Je décris la condition des savants, alors que mon corps est incapable de s’appliquer à la science ; celle des ascètes, alors que mon organisme ne supporte pas l’ascétisme ; celle de ceux qui aiment, alors que la fréquentation des créatures disperse mon esprit, grave en mon âme les formes des choses aimées, et trouble le miroir de mon cœur. Alors que l’arbre de l’amour demande à être cultivé dans une bonne terre, et à être arrosé de l’eau de la solitude amenée par la roue de la pensée.

Si je choisis de gagner ma vie, je ne peux le faire, et si je me tourne vers les hommes de ce monde, bien que ma nature soit de mépriser la médiocrité et ma piété m’en empêche, je n’ai le choix que de pencher vers l’une des deux options. Et puis la fréquentation des hommes est une souffrance pour l’âme à cause de leur haleine. Je ne pouvais ni réaliser mon repentir, ni atteindre un rang dans la science, les œuvres ou l’amour (d’Allah), et je me retrouvais dans la situation décrite par le poète :

Il l’a jeté dans les flots, enchaîné et lui a dit
fais attention, fais bien attention à ne pas te mouiller !

J’étais désemparé, je pleurais sur ma vie et, dans les déserts de ma solitude, je criais ce que j’avais entendu d’un homme commun qui semblait décrire ma condition :

Ah ! que je voudrais te cacher ma peine
Comme le captif qui n’a ni corde ni lien
Comment fuir les passions qui m’ont fait perdre tout contrôle ?
Alors que tu m’aies attaché les ailes et m’aies dit : Vole !« 

Pensées précieuses.
Ibn al-Jawzi, rahimahuLLâh.

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